La versification
Compter les syllabes, entendre les rimes : la musique du poème.
L'essentiel
La versification, c'est la « grammaire » du poème : toutes les règles qui le font sonner comme un poème. Un VERS est chaque ligne du poème ; une STROPHE est un groupe de vers (distique 2, tercet 3, quatrain 4). On compte les SYLLABES prononcées pour trouver le MÈTRE : octosyllabe (8), décasyllabe (10), alexandrin (12).
Les RIMES sont le retour d'un même son à la fin des vers ; elles peuvent être plates (AABB), croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA).
L'idée à retenir
Un vers se mesure en syllabes (le « e » muet compte devant une consonne, s'efface devant une voyelle ou en fin de vers) : 12 = alexandrin, 10 = décasyllabe, 8 = octosyllabe. Les rimes se disposent en plates (AABB), croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA).
Comprendre
La versification désigne l'ensemble des règles qui organisent un poème en vers. Le vers est l'unité de base : c'est chaque ligne du poème, qui commence souvent par une majuscule. Les vers se regroupent en strophes, c'est-à-dire en ensembles de vers séparés par un blanc : un distique compte 2 vers, un tercet 3 vers, un quatrain 4 vers.
Pour décrire un vers, on compte ses syllabes : on ne compte pas les syllabes comme on parle dans la vie courante, car en poésie le « e » muet se prononce, et donc se compte, lorsqu'il est placé DEVANT une consonne ; en revanche il s'élide (il ne compte pas) lorsqu'il est suivi d'une voyelle ou lorsqu'il se trouve à la fin du vers. Le nombre de syllabes donne le mètre du vers : huit syllabes = octosyllabe, dix syllabes = décasyllabe, douze syllabes = alexandrin (le mètre le plus célèbre de la poésie française). Les rimes sont le retour d'un même son à la fin de deux ou plusieurs vers.
Selon leur ordre, on parle de rimes plates (ou suivies) quand elles se suivent deux par deux (AABB), de rimes croisées quand elles alternent (ABAB), et de rimes embrassées quand une paire en entoure une autre (ABBA). On juge enfin la qualité d'une rime au nombre de sons communs en fin de vers : la rime est pauvre quand un seul son est commun, suffisante quand il y en a deux, et riche à partir de trois sons communs. Connaître la versification permet de décrire précisément un poème et de comprendre comment sa forme produit du sens et de la musique.
Le cours
La versification est l'ensemble des règles qui organisent un poème écrit en vers ; la connaître permet de décrire la forme d'un poème et de montrer comment cette forme crée de la musique et du sens. La première unité est le vers : c'est chaque ligne du poème, qui se reconnaît au passage à la ligne et commence traditionnellement par une majuscule. Les vers se rassemblent ensuite en strophes, des groupes de vers séparés par une ligne blanche ; on les nomme d'après leur nombre de vers : un distique en compte 2, un tercet 3, un quatrain 4 (le plus fréquent).
Pour caractériser un vers, on en compte les syllabes prononcées, mais attention : on ne compte pas comme dans la langue parlée de tous les jours. La règle essentielle concerne le « e » muet (le « e » final non accentué) : en poésie, ce « e » se prononce, et donc se compte comme une syllabe, lorsqu'il est suivi d'une consonne ; mais il s'élide, c'est-à-dire qu'il ne compte pas, lorsqu'il est suivi d'une voyelle ou lorsqu'il se trouve à la fin du vers. Une exception mérite d'être connue : les terminaisons écrites « -es » et « -ent » ne s'élident jamais, même devant une voyelle — dans « les arbres ondulent au loin », on compte donc « -bres » puis « -lent ».
Ainsi, dans « une grande maison », le « e » de « grande » est devant la consonne « m » : il se prononce et se compte. Le nombre total de syllabes donne le mètre du vers : un vers de 8 syllabes est un octosyllabe, un vers de 10 syllabes un décasyllabe, un vers de 12 syllabes un alexandrin, qui est le mètre le plus célèbre et le plus solennel de la poésie française. Voici un exemple chiffré, un distique (2 vers) : « Le soleil se levait sur la mer endormie / Et l'oiseau dans le ciel chantait sa mélodie. » Comptons le premier vers : Le-so-leil-se-le-vait-sur-la-mer-en-dor-mi(e) ; le « e » final de « endormie » est en fin de vers, il ne compte pas : on obtient 12 syllabes, c'est un alexandrin.
Le deuxième vers compte lui aussi 12 syllabes : ce distique est donc écrit en alexandrins. Les rimes sont le retour d'un même son à la fin de deux ou plusieurs vers ; ici « endormie » et « mélodie » riment. Selon l'ordre des rimes dans une strophe, on distingue trois dispositions principales.
Les rimes plates (ou suivies) se suivent deux par deux : le schéma est AABB. Les rimes croisées alternent un vers sur deux : le schéma est ABAB. Les rimes embrassées encadrent une paire centrale : le schéma est ABBA.
Par exemple, ce quatrain de Victor Hugo (« Demain, dès l'aube… », Les Contemplations, 1856) est construit en rimes croisées ABAB : « Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne (A) / Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends (B) / J'irai par la forêt, j'irai par la montagne (A) / Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps (B). » On reconnaît l'alternance des sons « -agne » (campagne / montagne) et « -ends / -emps » (attends / longtemps) ; ces quatre vers sont par ailleurs des alexandrins, comme on peut le vérifier en comptant leurs syllabes une à une. On apprécie enfin la qualité d'une rime selon le nombre de sons (de phonèmes) communs en fin de vers : la rime est pauvre quand un seul son est commun, suffisante quand deux sons sont communs, et riche à partir de trois sons communs.
Pour analyser un poème, on combine donc ces observations : on identifie les vers et les strophes, on compte les syllabes pour nommer le mètre, puis on note la disposition et la qualité des rimes.
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Les erreurs fréquentes
- Compter les syllabes comme on parle dans la vie courante et oublier de prononcer le « e » muet, par exemple lire « Le soleil se levait » en 5 syllabes au lieu de 6.
- En poésie, le « e » muet se prononce — et donc se compte — quand il est DEVANT une consonne (ex. « se-le-vait »). Il ne compte que s'il est suivi d'une voyelle ou s'il se trouve en fin de vers. Il faut redécouper le vers à voix haute en tenant compte de cette règle.
- Confondre le vers et la strophe, par exemple dire qu'un poème de quatre vers est « une strophe de quatre strophes ».
- Le vers est une seule ligne du poème ; la strophe est un groupe de vers séparé par un blanc. Quatre vers réunis forment un quatrain, c'est-à-dire UNE strophe de quatre vers (et non quatre strophes).
Tu maîtrises la notion si…
- Identifier le vers et la strophe d'un poème et nommer une strophe selon son nombre de vers (distique, tercet, quatrain).
- Compter les syllabes d'un vers en appliquant la règle du « e » muet et en déduire le mètre (octosyllabe, décasyllabe, alexandrin).
- Reconnaître la disposition des rimes d'une strophe : plates (AABB), croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA).
Vérifie que tu as compris
Un vers de douze syllabes porte un nom particulier. Lequel ?
Réponse Un alexandrin
Le vers de 12 syllabes est l'alexandrin ; celui de 8 syllabes l'octosyllabe, celui de 10 le décasyllabe. La strophe, elle, est un groupe de vers.
Comment appelle-t-on un groupe de vers séparé des autres par un espace dans un poème ?
Réponse Une strophe
La strophe est un ensemble de vers formant une unité, séparé des autres par un blanc. Une strophe de 4 vers est un quatrain, de 3 vers un tercet.
Quand deux vers riment en « -our » et « -our » (deux sons communs : /u/ + /ʁ/), de quelle qualité de rime parle-t-on ?
Réponse Une rime suffisante
On classe les rimes selon le nombre de sons communs : pauvre (1 son), suffisante (2 sons), riche (3 sons ou plus).
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Un vers de douze syllabes s'appelle un alexandrin.
Compte les syllabes du vers segmenté.
Le « e » muet se compte devant une consonne, s'efface devant une voyelle.
C'est la règle clé pour bien compter.
Repère le retour des sons en fin de vers.
Note A, B, A, B selon les sons qui riment.
Plates AABB · croisées ABAB · embrassées ABBA.
Mets une lettre par son final, puis lis le schéma.
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