Le GN à complément du nom : le vrai donneur
Sur un marché, deux pancartes : « panier de pommes rougES » et « panier de pommes rougE ». Les deux sont justes… mais elles ne vendent pas la même chose ! Qui est rouge ? Apprends à faire choisir le sens.
L'essentiel
Lis : « Le chef des mineurs travaille. » Qui travaille ? Le chef — pas les mineurs. Le groupe nominal sujet a un NOYAU (« chef ») et un COMPLÉMENT DU NOM (« des mineurs ») qui le précise : de quel chef parle-t-on ?
Celui des mineurs. Mais ce complément, si utile pour le sens, est un ÉCRAN pour l'accord : son pluriel touche presque le verbe et souffle la mauvaise terminaison. Le geste, tu le connais depuis la relative : crochets — « Le chef [des mineurs] travaille » —, retour au noyau, la chaîne enjambe.
Ça marche dans les deux sens : « Les rues de la ville semblent désertes » — noyau pluriel « rues », écran singulier « de la ville », verbe et attribut au pluriel. Jusque-là, la structure décide. Mais voici le cas le plus fin du programme : « un panier de pommes rouges ».
Qui est rouge ? Si ce sont les pommes → « rougES », accord avec « pommes ». Si c'est le panier → « un panier de pommes rougE », accord avec « panier ».
LES DEUX ACCORDS SONT CORRECTS — ce sont deux phrases différentes ! L'orthographe ne tranche pas à ta place : c'est TOI qui choisis le donneur selon ce que tu veux dire, et ta terminaison devient un message pour le lecteur. Voilà la leçon finale du chapitre : l'accord n'est pas une contrainte mécanique, c'est un système de sens.
Remonter au donneur à travers tous les écrans — relative, complément du nom, collectifs — et savoir dire pourquoi : c'est ça, la maîtrise experte.
L'idée à retenir
Le complément du nom est le dernier écran : « Le chef [des mineurs] TRAVAILLE » — le noyau « chef » commande, « des mineurs » précise sans commander ; même geste que la relative, crochets et enjambement, dans les deux sens du piège (« les rues de la ville SEMBLENT désertES »). Et quand l'adjectif suit le complément, DEUX donneurs deviennent possibles : « un panier de pommes rougES » (les pommes sont rouges) ou « un panier de pommes rougE » (le panier est rouge) — les deux accords sont corrects, c'est le SENS qui choisit, et ta terminaison devient le message. Synthèse du chapitre : relative, adjectif, participe, collectifs, complément du nom — cinq écrans, UN geste : remonter au donneur, accorder, expliquer.
Comprendre
Le programme de 3e demande de « maitriser l'accord sujet-verbe dans des cas complexes (… groupe nominal incluant un complément du nom) ». Le GN à complément du nom — noyau + préposition + nom (« le chef des mineurs », « la liste des absents », « les rues de la ville ») — reproduit la configuration du concept 001 avec un écran plus court : un groupe prépositionnel s'interpose entre le noyau et le verbe. La règle est structurale : le donneur est le NOYAU du GN ; le complément du nom, quel que soit son nombre, ne commande ni le verbe ni l'attribut — « le chef des mineurs travaille », « la liste des absents est longue », et symétriquement « les rues de la ville semblent désertes » (noyau pluriel, écran singulier : le piège existe dans les deux sens).
Les outils de vérification restent les crochets et la suppression de l'écran. S'y ajoute le cas expert de L'ADJECTIF APRÈS COMPLÉMENT DU NOM, où la structure seule ne suffit plus : dans « un panier de pommes rouge(s) », l'adjectif peut se rapporter au noyau (« panier ») ou au complément (« pommes ») — les deux accords sont grammaticalement licites et produisent deux SENS différents. L'ambiguïté se RÉSOUT par le sens : « un panier de pommes rougES » (ce sont les pommes qui sont rouges — lecture la plus fréquente), « un panier de pommes rougE » (c'est le panier).
De même « un groupe de touristes bruyantS » (les touristes font du bruit) vs « un groupe de touristes compact » (le groupe est serré — un groupe ne peut pas être « bruyants » au pluriel). L'élève de 3e doit savoir produire les deux accords, expliquer la lecture que chacun impose, et choisir en fonction de son intention. Ce concept clôt le chapitre en le synthétisant : tous les cas — relative (001), fonctions de l'adjectif (002), participe à COD antéposé (003), collectifs et distributifs (004), complément du nom (005) — reposent sur l'unique geste expert : IDENTIFIER LE DONNEUR à travers les écrans, ACCORDER, EXPLIQUER.
Le cours
Voici le dernier écran du chapitre — et, avec lui, la clef de voûte de tout le système des accords. Commence par le cas net : « Le chef des mineurs travaille. » Le groupe nominal sujet est « le chef des mineurs » : un NOYAU (« chef ») et un COMPLÉMENT DU NOM (« des mineurs »), rattaché au noyau par la préposition. À quoi sert ce complément ?
Au sens : il précise de quel chef on parle. Que vaut-il pour l'accord ? Rien.
C'est le chef qui travaille ; « des mineurs » précise, il ne commande pas. Or son pluriel touche presque le verbe — et l'oreille, toujours paresseuse, veut écrire « travaillent ». Tu reconnais la situation : c'est l'écran du concept 001, en version courte.
La relative était un écran long et peuplé ; le complément du nom est un écran bref — deux ou trois mots — mais d'autant plus traître qu'il colle au verbe. Le geste est identique : crochets — « Le chef [des mineurs] travaille » —, noyau, enjambement. Et le test de la suppression confirme : « Le chef… travaille ».
Entraîne le geste dans les deux sens, car le piège est symétrique. « La liste des absents est longue » : noyau singulier « liste », écran pluriel — verbe et attribut au singulier (« est longue », féminin singulier avec « liste »). « Les rues de la ville semblent désertes » : cette fois le noyau est PLURIEL (« rues ») et l'écran singulier (« de la ville ») — verbe au pluriel, attribut au féminin pluriel. L'écran ne pousse pas toujours vers le pluriel : il pousse vers la faute, dans les deux directions. Seul le noyau fait foi.
Maintenant, monte d'un étage — voici le cas le plus intelligent du programme. « Un panier de pommes rouge(s) » : où va l'adjectif ? Pose la vraie question : QUI est rouge ? Deux réponses possibles, deux phrases possibles.
Si ce sont les pommes : « un panier de pommes rougES » — l'adjectif se rapporte à « pommes », féminin pluriel ; c'est la lecture la plus naturelle (des pommes rouges dans un panier quelconque). Si c'est le panier : « un panier de pommes rougE » — l'adjectif enjambe le complément et s'accorde avec le noyau « panier », masculin singulier ; on parle alors d'un panier rouge rempli de pommes. LES DEUX ACCORDS SONT CORRECTS.
Ce n'est pas une zone floue de l'orthographe : ce sont deux messages différents, et ta terminaison est le seul indice qu'a le lecteur pour choisir la bonne image. Parfois, le sens interdit l'une des lectures : « un groupe de touristes compact » — un groupe peut être compact, des touristes non (on ne dit pas « des touristes compacts » pour dire serrés) ; « un groupe de touristes bruyantS » — ce sont les touristes qui font du bruit. L'accord se résout par le sens : demande-toi ce que TU veux dire, puis accorde avec ce donneur-là.
Prends une seconde pour mesurer ce que cela révèle : l'accord n'est pas un rituel mécanique qu'on subit, c'est un SYSTÈME DE SENS qu'on pilote. La terminaison que tu choisis dessine qui fait quoi, qui est comment. C'est pour cela que le programme te demande, depuis la 5e, non seulement d'accorder mais d'EXPLIQUER tes choix : un accord expliqué est un choix de sens assumé.
Il ne reste qu'à rassembler le chapitre, car tu possèdes maintenant le système complet. Écran n° 1 : la RELATIVE comprise dans le GN — « Les fleurs [que tu as coupées] sont fanées » (001). Écran n° 2 : le verbe attributif et la virgule, que la flèche de l'adjectif traverse — épithète, attribut, apposition (002).
Écran n° 3 : le COD déguisé en relatif, placé avant le participe — « les fleurs que j'ai coupéES » (003). Écran n° 4 : les sujets qui se raisonnent — collectifs, distributifs, « la plupart » (004). Écran n° 5 : le complément du nom, et l'adjectif à deux donneurs possibles (005).
Cinq visages, UN geste : remonter au donneur, accorder, expliquer. C'est la définition même de la maîtrise experte — et c'est elle qu'on lira dans tes copies, du brevet au lycée.
Vois cette notion fonctionner : la scène animée, plan par plan →
Les erreurs fréquentes
- Accorder le verbe avec le complément du nom par proximité : « Le chef des mineurs travaillent. »
- Le donneur est le NOYAU du GN sujet : « chef », singulier. « Des mineurs » précise le nom, il ne commande rien — c'est un écran, comme la relative du concept 001. Crochets (« le chef [des mineurs] »), suppression (« le chef… travaille ») : l'accord se lit tout seul. Qui travaille ? Le chef.
- Se laisser piéger dans l'autre sens quand l'écran est singulier : « Les rues de la ville semble déserte. »
- L'écran ne pousse pas toujours vers le pluriel : il pousse vers la faute, dans les deux sens. Ici le noyau est « rues », féminin PLURIEL ; « de la ville » est l'écran singulier. Verbe et attribut remontent au noyau : « les rues de la ville semblENT désertES ». Vérifie toujours le nombre du noyau, jamais celui du dernier mot.
- Croire qu'une seule écriture est correcte dans « un panier de pommes rouge(s) » et trancher au hasard.
- Les DEUX accords existent — et disent deux choses différentes. « Un panier de pommes rougES » : l'adjectif se rapporte à « pommes » — ce sont les pommes qui sont rouges. « Un panier de pommes rougE » : il se rapporte au noyau « panier » — c'est le panier qui est rouge. Pose la question « qui est rouge ? », choisis ton donneur selon le sens voulu, et assume ta terminaison : elle est le message.
Tu maîtrises la notion si…
- Identifier le noyau et le complément du nom dans un GN sujet, puis accorder verbe et attribut avec le noyau en enjambant l'écran (« le chef des mineurs travaille », « les rues de la ville semblent désertes »).
- Déjouer le piège de proximité dans les deux sens (écran pluriel après noyau singulier, écran singulier après noyau pluriel) en s'appuyant sur crochets et test de suppression.
- Produire et expliquer les deux accords licites de l'adjectif après complément du nom (« un panier de pommes rouges / rouge ») en nommant le donneur choisi et la lecture qu'impose chaque terminaison.
- Synthétiser le chapitre : reconnaître l'écran en présence (relative, complément du nom, collectif…) et dérouler le geste unique — remonter au donneur, accorder, expliquer.
Vérifie que tu as compris
« Le chef des mineurs (travailler) » : quel accord, et pourquoi ?
Réponse « travaille » — le noyau du GN sujet est « chef »
Qui travaille ? Le chef. « Des mineurs » est le complément du nom : il précise de quel chef on parle, mais c'est un écran pour l'accord — exactement comme la relative du début du chapitre, en version courte. Crochets (« le chef [des mineurs] »), suppression (« le chef… travaille ») : le noyau fait foi. Et le piège joue dans les deux sens : « les rues de la ville SEMBLENT désertES » — noyau pluriel, écran singulier.
« un panier de pommes rougES » et « un panier de pommes rougE » : laquelle de ces écritures est correcte ?
Réponse Les deux — mais elles ne disent pas la même chose : le sens choisit le donneur
L'adjectif placé après un complément du nom a DEUX donneurs possibles, et chaque accord dessine une image différente : des pommes rouges dans un panier quelconque, ou un panier rouge rempli de pommes. Aucune règle mécanique ne tranche : le SENS choisit le donneur, et la terminaison devient le message qui guide le lecteur. Parfois le sens interdit une lecture : « un groupe de touristes compact » (seul le groupe peut être compact) vs « un groupe de touristes bruyantS ».
« Les toits de l'immeuble ___ (être) ___ (couvert) de neige. » Quels accords, et pourquoi ?
Réponse « sont couverts » : le noyau du GN sujet est « les toits », masculin pluriel — « de l'immeuble » n'est qu'un complément du nom, un écran singulier
L'écran ne pousse pas toujours vers le pluriel : il pousse vers la faute, dans les DEUX sens. Ici, le noyau est pluriel (« les toits ») et l'écran singulier (« de l'immeuble ») — verbe et attribut remontent au noyau. Le geste, toujours le même : crochets (« Les toits [de l'immeuble] »), puis suppression (« Les toits… sont couverts »). Vérifie toujours le nombre du NOYAU, jamais celui du dernier mot traversé.
S'entraîner sur cette notion
La scène s'anime pas à pas, la mascotte t'explique, puis tu t'entraînes. Gratuit pour commencer.
Ouvrir cette scène dans Azulma →Les quatre étapes pour maîtriser cette notion
Le noyau commande : « le chef des mineurs TRAVAILLE » — et pour l'adjectif ambigu, le sens choisit le donneur.
Pose les deux questions de la vue : « qui travaille ? » (le chef) et « qui est rouge ? » (les pommes… ou le panier).
Trois familles de sujets : collectif (la foule AVANCE), distributif (chacun TRAVAILLE), usage (la plupart TRAVAILLENT).
Repère le cadre or de chaque bande : le donneur change de place — noyau collectif, pronom distributif, complément de « la plupart ».
L'équipe des chercheurs PUBLIE · Les rues de la ville SEMBLENT désertES · La plupart des magasins FERMENT.
Structure d'abord (quel est le noyau ?), sens ensuite (quelle famille ?) — et jamais d'accord avec le mot le plus proche.
Cinq écrans, un geste : remonter au donneur, accorder… et savoir expliquer le trajet.
Pour chaque carte, nomme l'écran traversé puis le donneur retrouvé — c'est la justification que le BO appelle « expliquer ses choix ».