Le Front populaire (1936)
1936 : deux ans après la peur du 6 février 1934, c’est la gauche qui arrive au pouvoir. Comment expliquer cette victoire ?
L'essentiel
Au début des années 1930, beaucoup de Français ont peur : la crise économique fait des ravages et des groupes d'extrême droite, les ligues, défilent dans la rue. Le 6 février 1934, une émeute violente de ces ligues, près de la Chambre des députés à Paris, fait une quinzaine de morts : beaucoup y voient une menace contre la République, comme cela s'était passé en Italie et en Allemagne. Pour barrer la route à ces extrémistes, les partis de gauche, jusque-là rivaux, décident de s'unir : c'est le Front populaire, qui rassemble les socialistes (la SFIO), les radicaux et, en soutien, les communistes.
Leur mot d'ordre est « Le pain, la paix, la liberté ». Aux élections de 1936, ils l'emportent, et le socialiste Léon Blum devient chef du gouvernement. Partout, c'est l'enthousiasme : des millions d'ouvriers, pleins d'espoir, se mettent en grève dans la joie et occupent leurs usines pendant quelques semaines, en attendant des changements.
L'idée à retenir
Face au danger des ligues et à la montée des extrémismes (ravivés par le 6 février 1934), les gauches jusque-là divisées s’unissent : le Front populaire rassemble la SFIO (socialistes), les radicaux et, en soutien, le PCF (communistes), autour du mot d’ordre « Le pain, la paix, la liberté ». Il remporte les élections d’avril-mai 1936 ; le socialiste Léon Blum devient chef du gouvernement, dans un grand espoir suivi d’une immense vague de « grèves joyeuses ».
Comprendre
La victoire du Front populaire en 1936 s'explique d'abord par l'union des gauches. Dans la France des années 1930, frappée par la crise économique, des ligues d'extrême droite multiplient les manifestations. L'émeute du 6 février 1934, qui tourne à l'affrontement violent près de la Chambre des députés, fait craindre à la gauche un coup de force antiparlementaire, comme le fascisme l'avait emporté en Italie et le nazisme en Allemagne.
Face à ce danger, des partis jusque-là divisés se rassemblent : les socialistes de la SFIO (dirigée par Léon Blum), les radicaux et les communistes (le PCF) forment une coalition appelée Front populaire, autour du mot d'ordre « Le pain, la paix, la liberté ». Aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, cette union remporte la majorité des sièges à la Chambre des députés. La SFIO devient le premier parti : c'est donc Léon Blum, socialiste, qui forme le gouvernement en juin 1936, soutenu par les communistes sans qu'ils y participent.
La victoire déclenche un immense espoir populaire, suivi d'une grande vague de grèves : en mai et juin 1936, près de deux millions d'ouvriers cessent le travail et occupent leurs usines dans une ambiance de fête — ce sont les « grèves joyeuses ». Il faut donc relier cette victoire à l'inquiétude née de la montée des extrémismes : c'est la peur des ligues, ravivée par le 6 février 1934, qui a poussé les gauches à s'unir et à l'emporter.
Le cours
Au début des années 1930, la France est une démocratie fragilisée. La crise économique mondiale, venue après le krach de 1929, provoque chômage et misère, tandis que les gouvernements se succèdent sans parvenir à la surmonter : c'est l'instabilité ministérielle. Dans ce climat, des ligues d'extrême droite, hostiles au régime parlementaire, se développent et organisent des manifestations.
Le 6 février 1934, plusieurs de ces ligues manifestent à Paris, place de la Concorde, tout près de la Chambre des députés ; la journée tourne à l'émeute et fait une quinzaine de morts et de nombreux blessés. Pour la gauche, il s'agit d'une tentative de coup de force contre la République : la peur grandit de voir la France basculer dans la dictature, comme l'Italie de Mussolini et l'Allemagne d'Hitler. C'est cette inquiétude qui change tout.
Jusque-là, les partis de gauche étaient divisés et même rivaux, en particulier socialistes et communistes. Devant le danger des extrémismes, ils se rapprochent : un pacte d'unité d'action est signé entre la SFIO (les socialistes) et le PCF (les communistes) dès 1934, et le 14 juillet 1935 un grand rassemblement réunit dans la rue socialistes, communistes, radicaux, syndicats et défenseurs des droits de l'homme. Ainsi naît le Front populaire (aussi appelé Rassemblement populaire) : une union des gauches qui regroupe la SFIO, le Parti radical et, en soutien, le PCF, autour d'un programme commun résumé par le mot d'ordre « Le pain, la paix, la liberté ».
La victoire vient aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 (deux tours) : le Front populaire obtient la majorité des sièges à la Chambre des députés. La SFIO devient pour la première fois le premier parti de France, et les communistes progressent fortement. Comme le chef du parti arrivé en tête forme traditionnellement le gouvernement, c'est Léon Blum, dirigeant de la SFIO, qui devient chef du gouvernement (on dit alors président du Conseil) : il forme son gouvernement le 4 juin 1936. C'est le premier socialiste à diriger un gouvernement en France.
Ce gouvernement réunit des ministres socialistes et radicaux ; les communistes, eux, le soutiennent à la Chambre mais choisissent de ne pas y participer. La victoire électorale soulève un immense enthousiasme populaire, surtout chez les ouvriers, qui espèrent enfin une amélioration de leur vie. Cet espoir se traduit aussitôt par une action spectaculaire : en mai et juin 1936, une immense vague de grèves se déclenche dans tout le pays.
Près de deux millions d'ouvriers cessent le travail. Ce sont des grèves d'un genre nouveau : des grèves sur le tas, où les ouvriers occupent leurs usines au lieu de rester dehors. L'ambiance est festive et pacifique — on y chante, on y danse —, ce qui leur a valu le nom de « grèves joyeuses ». [[scene:LS-ENT-003|Voir : le Front populaire (1936)]] Par ces occupations, les ouvriers réclament de meilleures conditions de travail et montrent leur soutien au nouveau gouvernement.
Cette pression considérable va pousser le gouvernement Blum et les patrons à négocier très vite, ce qui ouvrira la voie aux grandes réformes sociales du Front populaire (que nous étudierons ensuite). Pour bien comprendre 1936, il faut donc retenir l'enchaînement : la crise et la montée des extrémismes (en particulier le 6 février 1934) provoquent la peur d'un coup de force ; cette peur pousse les gauches à s'unir dans le Front populaire ; cette union remporte les élections d'avril-mai 1936 ; Léon Blum devient chef du gouvernement ; et la victoire s'accompagne d'un grand espoir et d'une vague de grèves joyeuses. La victoire du Front populaire est ainsi directement reliée à l'inquiétude née de la montée des extrémismes.
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Les erreurs fréquentes
- Croire que le Front populaire est un parti politique.
- Le Front populaire n'est pas un parti, mais une coalition, c'est-à-dire une alliance entre plusieurs partis de gauche : la SFIO (les socialistes) et le Parti radical, soutenus par le PCF (les communistes). Ces partis restent distincts ; ils s'unissent seulement autour d'un programme commun pour gagner les élections de 1936.
- Penser que les grèves de 1936 ont provoqué la victoire du Front populaire.
- C'est l'inverse : le Front populaire gagne d'abord les élections d'avril-mai 1936, puis la grande vague de grèves éclate en mai-juin, après la victoire. Les grèves ne sont donc pas la cause du succès électoral, mais une conséquence de l'espoir soulevé par cette victoire. La cause de la victoire est l'union des gauches face à la montée des extrémismes.
Tu maîtrises la notion si…
- Décrire l'union des gauches en 1936 : le Front populaire rassemble la SFIO (les socialistes), le Parti radical et, en soutien, le PCF (les communistes).
- Situer et raconter la victoire : élections législatives d'avril-mai 1936 remportées par le Front populaire, puis Léon Blum, socialiste, devient chef du gouvernement ; la victoire est accueillie par un grand enthousiasme et une vague de grèves joyeuses avec occupation des usines en mai-juin 1936.
- Relier la victoire du Front populaire à l'inquiétude née de la montée des extrémismes : c'est la peur des ligues, ravivée par le 6 février 1934, qui a poussé les gauches divisées à s'unir pour l'emporter.
Vérifie que tu as compris
Qu'est-ce que le Front populaire ?
Réponse Une alliance des partis de gauche
Le Front populaire rassemble la SFIO, les radicaux et le soutien des communistes, unis face au danger des ligues.
En quelle année le Front populaire remporte-t-il les élections ?
Réponse 1936
Le Front populaire gagne les élections législatives au printemps 1936.
Qui dirige le gouvernement du Front populaire en 1936 ?
Réponse Léon Blum
Léon Blum, socialiste, devient président du Conseil (chef du gouvernement) en juin 1936.
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En 1936, le Front populaire l’emporte ; le socialiste Léon Blum devient chef du gouvernement.
Le Front populaire est une union des gauches, pas un parti unique.
L’union des gauches : la SFIO (socialistes) et les radicaux, soutenus par le PCF (communistes).
Une coalition sous le mot d’ordre « Le pain, la paix, la liberté », victorieuse en avril-mai 1936.
La peur d’un coup de force fasciste pousse les gauches divisées à s’unir pour l’emporter.
Sans la peur provoquée par les ligues, les gauches ne se seraient sans doute pas rassemblées.
Les « grèves joyeuses » de mai-juin 1936 éclatent APRÈS la victoire : c’est une conséquence, pas la cause.
Ne confonds pas cause et conséquence : le vote s’explique par le contexte politique (peur des extrémismes, crise).
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