La question qui rentre
« Où vas-tu ? » demande la question. « Je me demande où tu vas. » répond la phrase — même question, mais plus de « ? », plus d'inversion. Où est passée la question ? Elle est RENTRÉE.
L'essentiel
Une question, tu sais la poser : « Où vas-tu ? » Mais sais-tu la faire ENTRER dans une phrase ? « Je me demande où tu vas. » La question est toujours là — on veut toujours savoir où — mais elle s'est glissée dans la phrase comme une subordonnée : c'est l'INTERROGATIVE INDIRECTE. Observe ce qu'elle a laissé au vestiaire, car c'est là-dessus qu'on t'interrogera : ① le POINT D'INTERROGATION a disparu (la phrase se termine par un point : ce n'est plus toi qui poses la question, tu RAPPORTES qu'elle se pose) ; ② l'INVERSION a disparu (« vas-tu » redevient « tu vas » : l'ordre normal sujet-verbe) ; ③ « est-ce que » disparaît aussi. Pour entrer, la question a besoin d'une porte : un VERBE INTRODUCTEUR — se demander, savoir, ignorer, expliquer, chercher.
Et il y a deux formats. La question TOTALE (on peut répondre par oui ou non : « Viens-tu ? ») entre avec « SI » : « Je me demande si tu viens. » La question PARTIELLE (elle porte sur un élément précis : où, quand, pourquoi, qui) garde son mot interrogatif : « Je me demande où tu vas. » Un seul piège : « que » se transforme en « CE QUE » — « Que fais-tu ? » → « Je sais ce que tu fais. » Écris « Je me demande où tu vas ? » avec un point d'interrogation, et l'erreur saute aux yeux du correcteur : la question est rentrée, ses marques restent dehors.
L'idée à retenir
L'INTERROGATIVE INDIRECTE est une question glissée dans une phrase, après un VERBE INTRODUCTEUR (se demander, savoir, ignorer…). En entrant, elle laisse ses marques à la porte : le point d'interrogation disparaît (on RAPPORTE la question, on ne la pose plus), l'inversion disparaît (« vas-tu » → « tu vas »), « est-ce que » disparaît. Question TOTALE (réponse oui/non) → introduite par « si » : « Je me demande si tu viens. » Question PARTIELLE → le mot interrogatif reste (où, quand, pourquoi…), et « que » devient « CE QUE » : « Que fais-tu ? » → « Je sais ce que tu fais. »
Comprendre
Le programme de 4e demande d'« identifier la proposition subordonnée interrogative indirecte dans le cadre d'une interrogation totale ou partielle ». L'interrogative indirecte est une subordonnée qui rapporte une question à l'intérieur d'une phrase déclarative, après un VERBE INTRODUCTEUR exprimant une interrogation ou un savoir (se demander, savoir, ignorer, chercher, expliquer, comprendre…). La transformation depuis la question directe obéit à trois règles négatives — trois MARQUES QUI DISPARAISSENT : le point d'interrogation (remplacé par la ponctuation de la phrase d'accueil, le plus souvent un point), l'inversion du sujet (« Où vas-tu ? » → « où tu vas » : l'ordre canonique sujet-verbe est rétabli), et la locution « est-ce que » (« Est-ce que tu viens ? » → « si tu viens », jamais « … est-ce que tu viens »).
Le mot d'entrée dépend du type d'interrogation. TOTALE — la question porte sur l'ensemble et appelle oui ou non : l'indirecte est introduite par « SI » (« Viens-tu ? » → « Je me demande si tu viens ») ; ce « si » est un pur outil interrogatif, à ne pas confondre avec le « si » de condition. PARTIELLE — la question porte sur un élément : le mot interrogatif est conservé (où, quand, comment, pourquoi, qui, quel…), à une exception près : « que / qu'est-ce que » devient « CE QUE » (« Que fais-tu ? » → « Je sais ce que tu fais »).
Côté analyse, l'interrogative indirecte est une subordonnée dont l'ensemble est le plus souvent COD du verbe introducteur (« Je me demande cela ») — elle s'inscrit donc naturellement dans la logique des fonctions du concept précédent. Elle est aussi un outil d'écriture : dans un récit ou un compte rendu, elle permet de rapporter les questions sans discours direct, d'une voix plus fluide.
Le cours
Commence par une expérience d'écriture. Ton personnage se pose une question : « Où vas-tu ? » Premier moyen de la rapporter : le discours direct, avec deux points et des guillemets — « Il lui demanda : “Où vas-tu ?” » Second moyen, plus fluide : faire entrer la question DANS la phrase — « Il lui demanda où elle allait. » ou, au présent : « Je me demande où tu vas. » Cette question qui entre dans une phrase s'appelle la PROPOSITION SUBORDONNÉE INTERROGATIVE INDIRECTE. Pour entrer, la question a besoin d'une porte : un VERBE INTRODUCTEUR.
Retiens la petite famille : SE DEMANDER, SAVOIR, IGNORER, CHERCHER, EXPLIQUER, COMPRENDRE — tous des verbes de question ou de savoir. « JE ME DEMANDE où tu vas. » « J'IGNORE si elle viendra. » « Explique-moi COMMENT tu as réussi. » Maintenant, le cœur du concept : en entrant, la question laisse ses marques à la porte. TROIS DISPARITIONS à connaître par cœur. Première disparition : le POINT D'INTERROGATION. « Je me demande où tu vas. » se termine par un point — car cette phrase ne POSE pas la question, elle la RAPPORTE : c'est une déclarative qui contient une question.
Écrire « Je me demande où tu vas ? » est l'erreur classique. Deuxième disparition : l'INVERSION. La question directe inverse le sujet et le verbe (« vas-TU », « le train part-IL ») ; l'indirecte rétablit l'ordre normal : « où TU VAS », « quand le train PART ».
Troisième disparition : « EST-CE QUE ». « Est-ce que tu viens ? » ne devient jamais « Je me demande est-ce que tu viens » ✗ mais « Je me demande si tu viens. » ✓ D'où vient ce « si » ? C'est le mot d'entrée des questions TOTALES. Une interrogation est dite totale quand elle porte sur l'ensemble de la phrase et appelle une réponse par OUI ou NON : « Viens-tu ? — Oui. / Non. » En entrant dans la phrase, elle s'introduit par « SI » : « Je me demande si tu viens. » Attention : ce « si » interroge, il ne pose pas de condition — « Je me demande si tu viens » n'a rien à voir avec « Si tu viens, nous jouerons ».
Face à elle, l'interrogation PARTIELLE porte sur un élément précis — le lieu, le moment, la cause, la personne : « Où vas-tu ? Quand pars-tu ? Pourquoi ris-tu ?
Qui a ouvert ? » En entrant, elle GARDE son mot interrogatif : « Je me demande OÙ tu vas », « J'ignore QUAND tu pars », « Dis-moi POURQUOI tu ris ». Une seule métamorphose à surveiller : « QUE » (ou « qu'est-ce que ») devient « CE QUE ». « Que fais-tu ? » → « Je sais CE QUE tu fais. » « Qu'est-ce que tu veux ? » → « Dis-moi CE QUE tu veux. » Reste l'analyse grammaticale, et tu vas retrouver un ami du concept précédent : la question-méthode. L'ensemble « où tu vas » complète quoi ?
Le verbe « me demande » : « Je me demande CELA. » ✓ L'interrogative indirecte est le plus souvent COD de son verbe introducteur — c'est une cousine de la conjonctive, spécialisée dans la question. En résumé : un verbe introducteur ouvre la porte ; la question entre en abandonnant ses trois marques (?, inversion, est-ce que) ; totale → « si », partielle → mot interrogatif conservé, avec « que » → « ce que ». À l'écrit, ce mécanisme te donne une voix de narrateur fluide — et au contrôle, la chasse aux marques oubliées fait la différence entre une transformation juste et une transformation fausse.
Vois cette notion fonctionner : la scène animée, plan par plan →
Les erreurs fréquentes
- Garder le point d'interrogation à la fin : « Je me demande où tu vas ? »
- La phrase qui contient une interrogative indirecte ne POSE pas la question, elle la RAPPORTE : c'est une déclarative, elle se termine par un point. « Je me demande où tu vas. » ✓ Le point d'interrogation ne reste que dans la question directe : « Où vas-tu ? »
- Garder l'inversion ou « est-ce que » dans la subordonnée : « Je me demande où vas-tu » ou « Je me demande est-ce que tu viens ».
- En entrant dans la phrase, la question reprend l'ordre normal SUJET-VERBE : « Je me demande où TU VAS. » ✓ Et « est-ce que » disparaît au profit de « si » (question totale) : « Est-ce que tu viens ? » → « Je me demande SI tu viens. » ✓
- Transformer « Que fais-tu ? » en « Je sais que tu fais » — recopier « que » tel quel.
- Le « que » interrogatif devient « CE QUE » dans l'indirecte : « Je sais CE QUE tu fais. » ✓ (« Je sais que tu fais » dit tout autre chose — c'est une conjonctive inachevée). De même « Qu'est-ce que tu veux ? » → « Dis-moi ce que tu veux. »
Tu maîtrises la notion si…
- Identifier une proposition subordonnée interrogative indirecte et son verbe introducteur (se demander, savoir, ignorer…), et dire si l'interrogation est totale ou partielle.
- Transformer une question directe en interrogative indirecte en faisant disparaître les trois marques : point d'interrogation, inversion sujet-verbe, « est-ce que ».
- Choisir le bon mot d'entrée : « si » pour l'interrogation totale, le mot interrogatif conservé pour la partielle, « ce que » à la place de « que ».
- Employer l'interrogative indirecte à l'écrit pour rapporter une question sans discours direct, et donner la fonction de l'ensemble (le plus souvent COD du verbe introducteur).
Vérifie que tu as compris
Transforme la question directe « Où vas-tu ? » en interrogative indirecte après « Je me demande ». Quelle est la transformation correcte ?
Réponse « Je me demande où tu vas. » — le point d'interrogation et l'inversion disparaissent
En entrant dans la phrase, la question laisse ses marques à la porte : le point d'interrogation disparaît (la phrase RAPPORTE la question, elle ne la pose plus), et l'ordre normal sujet-verbe est rétabli (« tu vas »). « Si » est réservé à l'interrogation TOTALE (réponse oui/non : « Je me demande si tu viens ») ; ici l'interrogation est PARTIELLE (elle porte sur le lieu), donc le mot interrogatif « où » est conservé.
Comment transformer « Qu'est-ce que tu veux ? » en interrogative indirecte après « Dis-moi » ?
Réponse « Dis-moi ce que tu veux. » — « qu'est-ce que » devient « ce que »
Deux règles se combinent. D'abord, « est-ce que » ne franchit jamais la porte de l'indirecte. Ensuite, le « que » interrogatif se métamorphose en « CE QUE » : « Que veux-tu ? / Qu'est-ce que tu veux ? » → « Dis-moi ce que tu veux. » « Dis-moi que tu veux » dirait tout autre chose (une conjonctive inachevée), et « si » est réservé à l'interrogation totale (réponse oui/non). L'interrogation reste ici partielle : elle porte sur la chose voulue.
Comment transformer « Est-ce que le train part bientôt ? » en interrogative indirecte après « Le voyageur se demande » ?
Réponse « Le voyageur se demande si le train part bientôt. » — interrogation TOTALE, donc « si »
On peut répondre par oui ou par non : l'interrogation est TOTALE, elle entre donc avec « si ». En entrant, la question laisse trois marques à la porte : le point d'interrogation (la phrase RAPPORTE la question au lieu de la poser), l'inversion sujet-verbe, et « est-ce que ». Chaque mauvaise réponse ici garde l'une de ces marques — ou remplace « si » par « que », ce qui transformerait la question en simple affirmation.
S'entraîner sur cette notion
La scène s'anime pas à pas, la mascotte t'explique, puis tu t'entraînes. Gratuit pour commencer.
Ouvrir cette scène dans Azulma →Les quatre étapes pour maîtriser cette notion
La question entre dans la phrase : le « ? » et l'inversion restent dehors.
Compare les deux lignes : « vas-tu » est devenu « tu vas », et le « ? » est barré.
Se demander, savoir, ignorer… : un verbe de question ou de savoir ouvre la porte.
Regarde le mot d'entrée : « si » annonce une question à laquelle on répond par oui ou non (totale) ; « qui », « quand », « ce que » gardent le mot de la question (partielle).
Totale → « si » ; partielle → mot conservé ; « que » → « ce que » : trois transformations justes.
« Viens-tu ? » appelle oui ou non : c'est une totale → « si tu viens ».
« La journaliste demande qui a compris. » — la question est entrée, ses marques sont restées dehors.
Contrôle qualité : plus de « ? », plus d'inversion, plus de « est-ce que » — un point final.
Dans le même chapitre
Voir tout le chapitre « La phrase : subordination et imbrication » →