Relier deux propositions — 5ᵉ
« Il pleut, nous restons. » ou « Nous restons car il pleut. » ? Deux phrases correctes, le même contenu… mais l'une AFFICHE son raisonnement. Le secret tient en un petit mot.
L'essentiel
Prends deux propositions : « il pleut » et « nous restons ». Tu as deux façons de les attacher. Première façon, SANS mot : « Il pleut, nous restons. » La virgule les colle l'une à l'autre — c'est la JUXTAPOSITION.
Le lien entre les deux n'est pas écrit : c'est à toi, lecteur, de le deviner (on reste PARCE QU'il pleut). Deuxième façon, AVEC un mot : « Il pleut donc nous restons. » Le petit mot « donc » AFFICHE le lien — c'est la COORDINATION. Cette fois il est écrit noir sur blanc : donc = conséquence.
Les conjonctions de coordination sont six — mais, ou, et, or, ni, car — auxquelles la tradition scolaire ajoute « donc », que les grammaires de référence classent parmi les adverbes de liaison (d'où la phrase à retenir : « Mais où est donc Ornicar ? ») — et chacun exprime un lien différent : et ajoute, mais oppose, donc conclut, car explique, ou fait choisir. Choisir le bon coordonnant, c'est dire exactement ce que tu penses — et c'est comme ça qu'on enchaîne ses phrases pour écrire un texte fluide.
L'idée à retenir
Deux propositions peuvent se relier de deux façons. SANS mot, par un signe de ponctuation (virgule, deux-points) : c'est la JUXTAPOSITION — le lien existe mais reste implicite, le lecteur le devine. AVEC un coordonnant (les six conjonctions mais, ou, et, or, ni, car, plus l’adverbe de liaison « donc » — « Mais où est donc Ornicar ? ») : c'est la COORDINATION — le lien est écrit : et = addition, mais = opposition, donc = conséquence, car = cause, ou = choix. Choisir le bon coordonnant, c'est dire exactement le lien entre ses idées — et enchaîner ses phrases pour un texte cohérent.
Comment ça marche, étape par étape
- La JUXTAPOSITION — « Il pleut, nous restons. » Deux propositions collées par une simple VIRGULE, sans mot de liaison. Le lien de sens existe (la pluie nous fait rester) mais il n'est pas écrit : il est IMPLICITE, c'est le lecteur qui le devine. Virgule, deux-points, point-virgule : les attaches silencieuses de la phrase.
- La COORDINATION — la même idée devient « Nous restons CAR il pleut. » Le coordonnant « car » DIT le lien : la cause. Six conjonctions de coordination (mais, ou, et, or, ni, car) plus l’adverbe « donc » : autant de liens : addition, opposition, conséquence, cause, choix… Même contenu, lien de plus en plus explicite : c'est toute la différence entre laisser deviner et guider son lecteur.
Comprendre
Quand une phrase complexe contient plusieurs propositions, la grammaire distingue deux manières de les relier sur un pied d'égalité. La JUXTAPOSITION les attache par un simple signe de ponctuation, sans mot de liaison : une virgule (« Il pleut, nous restons. »), des deux-points (« Je me couvre : il fait froid. » — les deux-points annoncent l'explication), un point-virgule. Le lien de sens existe, mais il reste IMPLICITE : le lecteur le reconstruit lui-même.
La COORDINATION, elle, les attache par un COORDONNANT : les six conjonctions de coordination mais, ou, et, or, ni, car — auxquelles la tradition scolaire ajoute « donc », que les grammaires de référence classent parmi les adverbes de liaison — d'où la fameuse phrase « Mais où est donc Ornicar ? ». Le lien devient EXPLICITE, car chaque coordonnant a son sens : ET marque l'addition (« Il pleut et il vente. »), MAIS l'opposition (« Il pleut mais je sors. »), DONC la conséquence (« Il pleut donc nous restons. »), CAR la cause (« Nous restons car il pleut. »), OU le choix (« Tu viens ou tu restes ? »), NI l'exclusion dans une phrase négative (« Il ne chante ni ne danse. »), OR le fait nouveau qui relance le raisonnement (« Je pensais arriver tôt ; or le train était en retard. »). Attention au duo car/donc : les deux parlent de cause et de conséquence, mais dans des sens opposés — après CAR on donne la raison, après DONC le résultat.
Enfin, juxtaposition et coordination sont les outils de la COHÉSION d'un texte : une suite de phrases courtes toutes détachées semble hachée ; en reliant les propositions — et en choisissant le coordonnant juste — on guide le lecteur d'une idée à l'autre.
Le cours
Une phrase complexe contient plusieurs propositions — une par verbe conjugué. Reste à savoir comment ces propositions tiennent ensemble. Quand elles sont sur un pied d'égalité (aucune ne dépend de l'autre), la grammaire offre deux attaches : la juxtaposition et la coordination.
La JUXTAPOSITION relie les propositions SANS mot de liaison, par un simple signe de ponctuation. La virgule d'abord : « Il pleut, nous restons. » Les deux-points ensuite, qui annoncent une explication ou une précision : « Je me couvre : il fait froid. » Le point-virgule enfin, qui sépare deux propositions proches mais autonomes : « Le vent tombe ; la mer se calme. » Dans tous les cas, le lien logique entre les deux propositions EXISTE, mais il n'est pas écrit : il est implicite. Dans « Il pleut, nous restons. », chacun comprend que la pluie est la raison de notre choix — mais c'est le lecteur qui fait ce travail.
La juxtaposition crée aussi des effets de style : « Je me lève, je m'habille, je sors. » — trois propositions juxtaposées, un rythme rapide, une action qui s'enchaîne sans commentaire. La COORDINATION relie les propositions AVEC un mot de liaison : un COORDONNANT. Les conjonctions de coordination sont six — mais, ou, et, or, ni, car —, et la tradition scolaire leur ajoute « donc » pour les faire retenir d'une phrase : « Mais où est donc Ornicar ? ».
Attention : les grammaires de référence rangent « donc » parmi les ADVERBES de liaison, comme « pourtant » ou « cependant » — il relie bien deux propositions, mais il peut se déplacer dans la phrase (« Que s'est-il donc passé ? »), ce qu'une conjonction de coordination ne fait jamais. Le coordonnant change tout : il ÉCRIT le lien que la juxtaposition laissait deviner. Compare : « Il pleut, nous restons. » (lien deviné) → « Il pleut donc nous restons. » (lien affiché : la conséquence).
Chaque coordonnant a sa valeur. ET marque l'addition : « Il pleut et il vente. » MAIS marque l'opposition : « Il pleut mais je sors. » (je sors malgré la pluie). DONC marque la conséquence : « Il pleut donc nous restons. » CAR marque la cause : « Nous restons car il pleut. » OU marque le choix : « Tu viens ou tu restes ? » NI marque l'exclusion, dans une phrase négative — c'est le « et » du négatif : « Il ne chante ni ne danse. », « Elle ne veut ni thé ni café. » OR, le plus discret, introduit un fait nouveau qui relance le raisonnement : « Je pensais arriver tôt ; or le train était en retard. » Les coordonnants relient d'ailleurs aussi des mots ou des groupes, pas seulement des propositions : « un chat noir et blanc », « fatigué mais heureux ».
Le piège classique du chapitre, c'est le duo CAR / DONC. Les deux parlent du couple cause-conséquence, mais en sens inverse. Après CAR, on donne la RAISON de ce qu'on vient de dire : « Nous restons car il pleut. » (pourquoi restons-nous ? — la pluie).
Après DONC, on donne le RÉSULTAT : « Il pleut donc nous restons. » (la pluie entraîne quoi ? — rester). Le même fait — la pluie — est cause dans les deux phrases ; ce qui change, c'est l'ordre dans lequel on le présente. Un bon test : remplace par « parce que » (si ça marche, c'est un lien de cause, comme car) ou par « par conséquent » (si ça marche, c'est une conséquence, comme donc).
Pourquoi ce chapitre compte-t-il autant pour l'écriture ? Parce que juxtaposition et coordination sont les outils de la COHÉSION d'un texte. Compare ces deux brouillons.
Premier jet : « Il pleut. Nous restons à la maison. Nous lisons. » — correct, mais haché : trois phrases posées côte à côte, sans lien.
Version travaillée : « Il pleut, donc nous restons à la maison et nous lisons. » — le texte coule, le lecteur est guidé : la pluie (cause), rester (conséquence), lire (action ajoutée). Enchaîner ses phrases, ce n'est pas les allonger pour faire joli : c'est dire les liens entre les idées. Et quand tu écris, varie tes attaches : garde la juxtaposition pour le rythme et les listes d'actions, et le coordonnant précis (mais, donc, car…) quand le lien mérite d'être affiché.
Vois cette notion fonctionner : la scène animée, plan par plan →
Les erreurs fréquentes
- Croire que la juxtaposition n'exprime aucun lien de sens entre les propositions, « puisqu'il n'y a pas de mot ».
- Le lien existe, mais il est IMPLICITE : c'est le lecteur qui le reconstruit. Dans « Il pleut, nous restons. », chacun comprend la cause. La coordination rend ce même lien EXPLICITE en l'écrivant : « Il pleut donc nous restons. »
- Confondre « car » et « donc », qui parlent tous deux de cause et de conséquence.
- Après CAR, on donne la raison : « Nous restons car il pleut. » Après DONC, on donne le résultat : « Il pleut donc nous restons. » Test : remplace par « parce que » (→ cause, comme car) ou par « par conséquent » (→ conséquence, comme donc).
- Enchaîner toutes ses phrases avec « et » ou « et puis » dans une rédaction.
- « Et » ne dit que l'addition. Si le vrai lien est une opposition, écris « mais » ; une cause, « car » ; une conséquence, « donc ». Varier les coordonnants (et garder la juxtaposition pour le rythme) rend le texte plus précis et plus agréable à lire.
Tu maîtrises la notion si…
- Identifier si deux propositions sont juxtaposées (signe de ponctuation, sans mot de liaison) ou coordonnées (coordonnant), et citer les six conjonctions de coordination et nommer leur valeur.
- Donner la valeur d'un coordonnant en contexte : addition (et), opposition (mais), conséquence (donc), cause (car), choix (ou), exclusion (ni), fait nouveau (or).
- Distinguer car et donc en verbalisant l'ordre logique (la raison après car, le résultat après donc).
- Améliorer un texte haché en reliant ses phrases par la juxtaposition et les coordonnants justes.
Vérifie que tu as compris
« Il pleut, nous restons à la maison. » Comment les deux propositions sont-elles reliées ?
Réponse Par juxtaposition : une virgule, sans mot de liaison
Aucun mot de liaison n'attache les deux propositions : seule une virgule les colle l'une à l'autre — c'est la juxtaposition. Le lien de sens (la pluie explique qu'on reste) existe, mais il est implicite : c'est le lecteur qui le devine. « Il pleut et nous restons » ou « Nous restons car il pleut » l'aurait rendu explicite par coordination.
« Je prends mon parapluie car il pleut. » Quel lien de sens le coordonnant « car » exprime-t-il ?
Réponse La cause : il donne la raison
Après « car », on donne la RAISON de ce qu'on vient de dire : pourquoi je prends mon parapluie ? — parce qu'il pleut. Test : « car » se remplace par « parce que ». Ne le confonds pas avec « donc », qui donne le RÉSULTAT : « Il pleut donc je prends mon parapluie. »
« Il pleut donc nous restons. » Quel lien de sens le coordonnant « donc » exprime-t-il ?
Réponse La conséquence : il donne le résultat
Après « donc », on annonce le RÉSULTAT de ce qui précède : il pleut, résultat → nous restons. Test : « donc » se remplace par « par conséquent ». Ne le confonds pas avec « car », qui donne la CAUSE (« Nous restons car il pleut. »).
S'entraîner sur cette notion
La scène s'anime pas à pas, la mascotte t'explique, puis tu t'entraînes. Gratuit pour commencer.
Ouvrir cette scène dans Azulma →Les quatre étapes pour maîtriser cette notion
Sans mot : juxtaposition. Avec un coordonnant : coordination.
Cherche ce qui attache les deux propositions : un signe… ou un mot ?
La palette des 7 coordonnants : chacun DIT un lien différent.
« Mais où est donc Ornicar ? » — et sous chaque mot, son effet de sens.
car = la raison · mais = le contraste · ou = le choix.
Piège car/donc : après CAR on donne la raison, après DONC le résultat.
« Il pleut. Nous restons. Nous lisons. » → « Il pleut, donc nous restons et nous lisons. »
Un lien par idée : la conséquence (donc), puis l'addition (et).