Les temps et les modes
« Il pleut. » — « Viens ! » — « Il faut que je vienne. » Trois phrases, trois attitudes : ce qui change, c'est le MODE. Et « Je viendrais bien. » ? Surprise : ce n'est pas un quatrième mode.
L'essentiel
Quand tu conjugues un verbe, tu fais DEUX choix, l'un après l'autre. Premier choix : le MODE. Le mode dit ton ATTITUDE face à ce que tu racontes.
Tu le présentes comme réel ou certain ? Indicatif : « Il pleut. » Tu donnes un ordre ou un conseil ? Impératif : « Viens ! » Tu exprimes une nécessité, un souhait, une émotion ?
Subjonctif : « Il faut que je vienne. » Ces trois modes sont dits PERSONNELS : leur terminaison change avec la personne (je, tu, il…). En face, deux modes NON PERSONNELS ne se conjuguent avec aucune personne : l'infinitif (venir) et le participe (venant, venu) — « en venant » est le gérondif, c'est-à-dire le participe présent précédé de « en ». Deuxième choix : le TEMPS, à l'intérieur du mode choisi.
L'indicatif est de loin le plus riche : cinq temps simples (présent, imparfait, passé simple, futur simple, conditionnel présent) et, en face, cinq temps composés qui vont par paires avec eux (passé composé, plus-que-parfait, passé antérieur, futur antérieur, conditionnel passé). La formation d'un temps composé est toujours la même : l'auxiliaire être ou avoir conjugué au temps simple partenaire + le participe passé. « Je chante » (présent) devient « j'ai chanté » (passé composé) ; « je chantais » (imparfait) devient « j'avais chanté » (plus-que-parfait) ; « je chanterais » (conditionnel présent) devient « j'aurais chanté » (conditionnel passé). Et oui : le conditionnel est là, DANS l'indicatif.
Beaucoup de tableaux de conjugaison en font encore un quatrième mode, mais la Terminologie grammaticale du ministère (2020) tranche — c'est un TEMPS de l'indicatif, et sa forme le prouve : radical du futur + terminaisons de l'imparfait (chanter- + -ais).
L'idée à retenir
Conjuguer, c'est faire DEUX choix dans l'ordre. D'abord le MODE : l'attitude de celui qui parle — réel (indicatif « Il pleut. »), nécessité ou souhait (subjonctif « Il faut que je vienne. »), ordre (impératif « Viens ! ») ; à côté, deux modes NON personnels, l'infinitif (venir) et le participe (venant, venu — « en venant » est le gérondif). Ensuite le TEMPS, à l'intérieur du mode : l'indicatif en compte dix, appariés — chaque temps simple a son composé (je chante → j'ai chanté), fabriqué avec l'auxiliaire conjugué au temps simple partenaire + le participe passé. Et le conditionnel dans tout ça ? Ce n'est pas un mode : c'est un TEMPS de l'indicatif (« je chanterais » ↔ « j'aurais chanté »), comme le fixe la Terminologie grammaticale du ministère (2020).
Comment ça marche, étape par étape
- LE MODE D'ABORD — Le mode n'indique pas quand l'action se passe : il dit COMMENT celui qui parle la présente. « Il pleut. » constate un fait réel : INDICATIF. « Il faut que je vienne. » exige : SUBJONCTIF. « Viens ! » donne un ordre : IMPÉRATIF. Ces trois modes sont PERSONNELS (leur terminaison porte la personne) ; l'infinitif et le participe, eux, sont NON PERSONNELS — le gérondif « en venant » n'est que le participe présent précédé de « en ». Et « Je viendrais bien. » ? Regarde sa forme : radical du futur + terminaisons de l'imparfait — c'est le conditionnel présent, un TEMPS de l'indicatif, pas un quatrième mode.
- LE TEMPS ENSUITE — Dans l'indicatif, les dix temps vont PAR PAIRES : chaque temps simple a son temps composé partenaire. Présent « je chante » → passé composé « j'ai chanté » ; imparfait « je chantais » → plus-que-parfait « j'avais chanté » ; passé simple « je chantai » → passé antérieur « j'eus chanté » ; futur simple « je chanterai » → futur antérieur « j'aurai chanté » ; conditionnel présent « je chanterais » → conditionnel passé « j'aurais chanté ». La fabrication est mécanique : l'auxiliaire se conjugue AU TEMPS SIMPLE partenaire, puis on ajoute le participe passé — dans « j'avais chanté », « avais » est à l'imparfait, donc c'est le plus-que-parfait.
Comprendre
Conjuguer, c'est répondre à deux questions dans l'ordre. Question 1 — quel MODE ? Le mode traduit l'attitude du locuteur, la manière dont il présente l'action.
TROIS modes PERSONNELS (la terminaison porte la marque de la personne) : l'INDICATIF présente l'action comme réelle ou certaine (« Il pleut. ») ; le SUBJONCTIF la présente comme une nécessité, une volonté, une émotion — bref, comme envisagée plutôt que constatée (« Il faut que je vienne. ») ; l'IMPÉRATIF la présente comme un ordre, un conseil, une défense (« Viens ! »). À côté, DEUX modes NON PERSONNELS, sans marque de personne : l'infinitif et le participe (présent et passé) — le gérondif, « en venant », est le participe présent précédé de « en ». Question 2 — quel TEMPS, dans ce mode ?
C'est à l'intérieur de l'indicatif que le système est le plus complet : cinq temps SIMPLES (un seul mot : présent « je chante », imparfait « je chantais », passé simple « je chantai », futur simple « je chanterai », conditionnel présent « je chanterais ») et cinq temps COMPOSÉS (auxiliaire + participe passé), chacun apparié à un temps simple : présent → passé composé (« j'ai chanté »), imparfait → plus-que-parfait (« j'avais chanté »), passé simple → passé antérieur (« j'eus chanté »), futur simple → futur antérieur (« j'aurai chanté »), conditionnel présent → conditionnel passé (« j'aurais chanté »). La règle de fabrication est mécanique : l'auxiliaire se conjugue AU TEMPS SIMPLE partenaire, puis on ajoute le participe passé. Attention au point de vocabulaire : le CONDITIONNEL n'est pas un mode, c'est un TEMPS de l'indicatif — la Terminologie grammaticale du ministère (2020) le range explicitement parmi les temps simples et composés de l'indicatif, et sa morphologie le confirme (radical du futur + terminaisons de l'imparfait : chanter- + -ais).
Retenir ce tableau apparié, c'est pouvoir nommer n'importe quelle forme verbale : d'abord son mode, puis son temps.
Le cours
Face à un verbe conjugué, l'analyse complète tient en deux étiquettes : son MODE et son TEMPS. Ce sont deux choix différents, et on les fait dans cet ordre. Le MODE d'abord.
Le mode n'indique pas QUAND l'action se passe : il indique COMMENT celui qui parle la présente — son attitude. Compare : « Il pleut. » (je constate un fait réel), « Il faut que je vienne. » (j'exprime une nécessité), « Viens ! » (je donne un ordre). Trois phrases, trois attitudes, trois modes.
Ces trois modes — indicatif, subjonctif, impératif — sont dits PERSONNELS, parce que leurs terminaisons portent la marque de la personne : je viens, tu viens, nous venons ; que je vienne, que nous venions. En face, les modes NON PERSONNELS ne se conjuguent avec aucune personne : l'INFINITIF (venir) et le PARTICIPE, présent (venant) et passé (venu). Ce sont les formes du verbe « hors personne » : celles qu'on trouve dans le dictionnaire ou en appui d'un autre verbe.
Le gérondif, « en venant », n'est pas un mode de plus : c'est le participe présent précédé de « en ». Une mise au point de vocabulaire s'impose ici, car beaucoup de tableaux de conjugaison sont en retard : le CONDITIONNEL n'est pas un quatrième mode. La Terminologie grammaticale du ministère (2020) le range parmi les TEMPS DE L'INDICATIF, et sa forme le prouve — le conditionnel présent, c'est le radical du futur suivi des terminaisons de l'imparfait : chanter- (je chanterai) + -ais (je chantais) → « je chanterais ».
Un croisement de deux temps de l'indicatif reste dans l'indicatif. Ce qu'il exprime ne change pas pour autant : l'action y demeure suspendue à une condition (« Je viendrais bien. »). Le TEMPS ensuite, à l'intérieur du mode.
L'indicatif est le mode aux dix temps, et le secret pour ne pas s'y perdre est de les voir PAR PAIRES : chaque temps simple (un seul mot) a son temps composé partenaire (deux mots : auxiliaire + participe passé). Présent « je chante » → passé composé « j'ai chanté ». Imparfait « je chantais » → plus-que-parfait « j'avais chanté ».
Passé simple « je chantai » → passé antérieur « j'eus chanté ». Futur simple « je chanterai » → futur antérieur « j'aurai chanté ». Conditionnel présent « je chanterais » → conditionnel passé « j'aurais chanté ».
La fabrication est toujours la même : on conjugue l'auxiliaire (avoir ou être) au temps simple partenaire, et on ajoute le participe passé. Dans « j'avais chanté », l'auxiliaire « avais » est à l'imparfait : le temps composé est donc le partenaire de l'imparfait, le plus-que-parfait. C'est aussi pour cela que le temps composé exprime l'accompli : au moment repéré par le temps simple, l'action est déjà faite (« j'ai chanté » = maintenant, c'est chanté).
La méthode d'analyse complète d'une forme verbale devient alors un réflexe en trois questions : 1) Quelle est l'attitude ? → le MODE (réel ? nécessité ? ordre ?). 2) Un mot ou deux ? → temps SIMPLE ou COMPOSÉ. 3) Si deux mots : à quel temps est l'auxiliaire ? → il nomme le temps composé. Exemple : « nous aurons fini ». Attitude : un fait présenté comme certain → indicatif.
Deux mots → temps composé. Auxiliaire « aurons » au futur → futur antérieur. L'analyse est complète : indicatif, futur antérieur.
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Les erreurs fréquentes
- Confondre le mode et le temps, et répondre « au passé composé » quand on demande le mode.
- Ce sont deux étiquettes emboîtées : le MODE d'abord (l'attitude : indicatif, subjonctif, impératif), le TEMPS ensuite, à l'intérieur du mode. « J'ai chanté » est au mode indicatif ET au temps passé composé : l'analyse complète donne toujours les deux.
- Croire que le mode indique le moment de l'action (passé, présent, futur).
- C'est le rôle du TEMPS. Le mode, lui, traduit l'ATTITUDE du locuteur : réel (indicatif), nécessité ou souhait (subjonctif), ordre (impératif). « Je viendrais demain » parle bien de l'avenir, mais ce n'est pas son mode qui le dit : la forme est au conditionnel présent, un TEMPS de l'indicatif, et ce qu'elle signale, c'est que l'action reste suspendue à une condition.
- Réciter les dix temps de l'indicatif comme une liste plate, sans voir les paires.
- Chaque temps simple a son temps composé partenaire : présent → passé composé, imparfait → plus-que-parfait, passé simple → passé antérieur, futur simple → futur antérieur, conditionnel présent → conditionnel passé. Dans le temps composé, l'auxiliaire est conjugué AU temps simple partenaire : dans « j'avais chanté », « avais » est à l'imparfait, donc c'est le plus-que-parfait ; dans « j'aurais chanté », « aurais » est au conditionnel présent, donc c'est le conditionnel passé.
- Ranger le conditionnel parmi les modes, à côté du subjonctif, comme le font encore beaucoup de tableaux de conjugaison.
- La Terminologie grammaticale du ministère (2020) tranche : le conditionnel est un TEMPS DE L'INDICATIF, sous deux formes — conditionnel présent (« je chanterais ») et conditionnel passé (« j'aurais chanté »). Sa morphologie le prouve : radical du futur + terminaisons de l'imparfait (chanter- + -ais). Les modes personnels sont donc trois : indicatif, subjonctif, impératif. Ce que le conditionnel EXPRIME ne change pas pour autant : l'action y reste suspendue à une condition.
Tu maîtrises la notion si…
- Identifier le mode d'un verbe conjugué (indicatif, subjonctif, impératif) en s'appuyant sur l'attitude exprimée, et savoir que le conditionnel n'est pas un mode mais un temps de l'indicatif.
- Distinguer les trois modes personnels des deux modes non personnels (infinitif, participe — dont le gérondif « en venant ») et expliquer la différence.
- Réciter les cinq paires temps simple ↔ temps composé de l'indicatif (conditionnel présent ↔ conditionnel passé compris) avec un exemple conjugué exact pour chacune.
- Décrire la formation d'un temps composé (auxiliaire au temps simple partenaire + participe passé) et nommer un temps composé grâce à son auxiliaire.
Vérifie que tu as compris
Dans « Il faut que je vienne. », à quel MODE est le verbe « vienne » ?
Réponse Au subjonctif : « il faut que » présente l'action comme une nécessité
Le mode traduit l'attitude de celui qui parle. Ici, l'action de venir n'est pas constatée : elle est exigée par « il faut que », un déclencheur de nécessité — c'est le SUBJONCTIF (« que je vienne », et non « que je viens »). L'indicatif présenterait un fait réel (« Il pleut. ») et l'impératif donnerait un ordre direct (« Viens ! ») : avec le subjonctif, ce sont les trois modes personnels du français. L'infinitif, lui, est un mode NON personnel — or « vienne » porte bien la marque de la personne (que je vienne / que nous venions). Et le conditionnel ? Ce n'est pas un mode : c'est un temps de l'indicatif (Terminologie grammaticale 2020).
« Nous avions chanté » : quel est ce temps de l'indicatif, et comment le reconnaît-on ?
Réponse Le plus-que-parfait : l'auxiliaire « avions » est à l'imparfait
Un temps composé se nomme grâce à son AUXILIAIRE : il est conjugué au temps simple partenaire. Dans « nous avions chanté », l'auxiliaire « avions » est à l'imparfait → c'est le plus-que-parfait, le composé apparié à l'imparfait. « Passé composé » exigerait l'auxiliaire au présent (« nous avons chanté ») et « passé antérieur » l'auxiliaire au passé simple (« nous eûmes chanté »). La terminaison -ions appartient à l'auxiliaire, pas au temps entier : ne pas confondre.
Analyse complète de « vous aurez terminé » : quels sont le MODE et le TEMPS de cette forme verbale ?
Réponse Indicatif, futur antérieur : l'auxiliaire « aurez » est au futur
Deux étiquettes, dans l'ordre. ① Le MODE : le fait est présenté comme certain, donc l'INDICATIF. ② Le TEMPS : la forme compte deux mots (auxiliaire + participe passé), c'est donc un temps COMPOSÉ — et c'est l'auxiliaire qui le nomme. Ici « aurez » est au futur : le composé partenaire du futur est le FUTUR ANTÉRIEUR. Le futur simple s'écrirait en un seul mot (« vous terminerez ») ; le conditionnel passé demanderait « vous auriez terminé » — lui aussi à l'indicatif, car le conditionnel en est un temps, pas un mode ; et le subjonctif passé donnerait « que vous ayez terminé ».
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Le mode dit l'attitude ; le temps vient ensuite, à l'intérieur du mode.
Le mode ne date pas l'action : il traduit l'attitude — réel, nécessité, ordre.
Une seule forme, deux étiquettes : le MODE (l'attitude), puis le TEMPS.
« j'avais chanté » : le mode dit l'attitude (indicatif, un fait réel) ; le temps se lit sur l'AUXILIAIRE — « avais » est à l'imparfait, donc plus-que-parfait, son partenaire composé.
L'attitude donne le mode ; un mot ou deux, puis l'auxiliaire, donnent le temps.
« Il pleut » constate ; « Range ! » ordonne ; « je chanterai » annonce (un seul mot) ; « nous avions chanté » compte deux mots — « avions » est à l'imparfait.
Une même action, trois attitudes : le mode est un choix.
« Tu ranges » (indicatif), « Il faut que tu ranges » (subjonctif), « Range ! » (impératif, sans -s) ; et « Tu rangerais… » reste à l'indicatif — au conditionnel présent.