La voix passive
« Le chat mange la souris. » — « La souris est mangée par le chat. » Même scène, mais la caméra a changé de place : le héros de la phrase n'est plus celui qui agit… c'est celui qui subit.
L'essentiel
Compare : « Le chat mange la souris. » et « La souris est mangée par le chat. » Même histoire, même chat, même souris — mais la caméra a changé de place. À la voix ACTIVE, le sujet FAIT l'action : le chat. À la voix PASSIVE, le sujet la SUBIT : la souris.
Le retournement est mécanique : le COD de l'actif (« la souris ») devient le SUJET du passif ; l'ancien sujet (« le chat ») passe derrière le verbe, introduit par « par » — on l'appelle le complément d'AGENT, celui qui agit. Et la forme verbale ? ÊTRE conjugué + participe passé, avec un réflexe d'or : le participe s'ACCORDE avec le sujet — la souris est mangéE.
Le temps du passif se lit sur être : « est mangée » = présent passif, « était mangée » = imparfait passif, « sera mangée » = futur passif. À quoi sert ce retournement ? À mettre en pleine lumière celui qui SUBIT : « Le musée a été cambriolé » parle du musée — le cambrioleur, on ne sait même pas qui c'est.
Dernier avertissement, et c'est LE piège de 4e : « Elle est partie. » ressemble à un passif (être + participe)… mais personne ne la « part » ! C'est le passé composé de partir, un verbe de mouvement qui se conjugue avec être. Le test : si tu ne peux pas ajouter « par quelqu'un », ce n'est pas un passif.
L'idée à retenir
À la voix ACTIVE, le sujet fait l'action ; à la voix PASSIVE, il la SUBIT. Le retournement est mécanique : le COD devient sujet (« la souris »), le sujet devient complément d'AGENT introduit par « par » (« par le chat »). La construction : ÊTRE conjugué + participe passé ACCORDÉ avec le sujet (« est mangéE »), et le temps du passif se lit sur être (est/était/sera mangée). À quoi ça sert : mettre en avant celui qui subit — voire taire l'agent inconnu (« Le musée a été cambriolé. »). Piège : « Elle est partie. » n'est PAS un passif — c'est le passé composé de partir (mouvement avec être) : « partie par quelqu'un » est impossible.
Comprendre
Le programme de 4e demande de « comprendre la construction de la voix passive ». La voix (active ou passive) indique le rôle du sujet par rapport à l'action : à l'ACTIF, le sujet fait l'action (« Le chat mange la souris. ») ; au PASSIF, le sujet la subit (« La souris est mangée par le chat. »). La CONSTRUCTION passive comporte trois éléments. 1. La forme verbale : auxiliaire ÊTRE conjugué + participe passé du verbe, et le participe s'ACCORDE en genre et en nombre avec le sujet (« la souris est mangéE », « les récoltes sont détruitES »). 2. Le RETOURNEMENT : seul un verbe transitif direct (qui a un COD) peut se mettre au passif, car c'est le COD de la phrase active qui devient le sujet de la phrase passive ; le sujet actif, lui, devient complément d'AGENT, introduit le plus souvent par « par ». 3. Le TEMPS : il se lit sur être — « est mangée » (présent), « était mangée » (imparfait), « a été mangée » (passé composé), « sera mangée » (futur).
L'EMPLOI du passif n'est pas décoratif : il change la hiérarchie de l'information, en plaçant en position de sujet — donc de héros de la phrase — celui qui subit ; il permet aussi de taire l'agent quand il est inconnu ou sans importance (« Le musée a été cambriolé. » — pas de complément d'agent). Le point de vigilance majeur : toute séquence « être + participe passé » n'est PAS un passif. « Elle est partie. » est le passé composé de partir (verbe de mouvement conjugué avec être) : aucun agent n'est possible (« *elle est partie par… » est absurde), et aucune phrase active correspondante n'existe. Le double test du passif : peut-on remonter à une phrase active (« Le chat mange la souris » ← « La souris est mangée par le chat ») ? peut-on exprimer ou sous-entendre un agent ?
Si non, c'est un temps composé avec être.
Le cours
Deux phrases pour la même scène : « Le chat mange la souris. » — « La souris est mangée par le chat. » Rien n'a changé dans les faits ; tout a changé dans la phrase. C'est la différence entre les deux VOIX du verbe : à la voix ACTIVE, le sujet fait l'action ; à la voix PASSIVE, le sujet la subit. Observe d'abord le RETOURNEMENT, car il est parfaitement mécanique.
Prends la phrase active : « Le chat [sujet] mange [verbe] la souris [COD]. » Bascule-la : « la souris », qui était COD, devient SUJET ; « le chat », qui était sujet, passe derrière le verbe, introduit par « par » — on l'appelle désormais le complément d'AGENT (celui qui agit vraiment, même s'il n'est plus le sujet). Deux conséquences immédiates. Première conséquence : seuls les verbes qui ONT un COD (les verbes transitifs directs) peuvent se mettre au passif — impossible de retourner « Le chat dort ».
Deuxième conséquence : au passif, celui qui fait l'action et celui dont on parle ne sont plus le même mot. Regarde maintenant la FORME VERBALE : « est mangée ». C'est ÊTRE conjugué + participe passé — et le participe s'ACCORDE avec le sujet, toujours : la souris est mangéE, le gâteau est mangÉ, les récoltes sont détruitES.
Cet accord est ton premier réflexe d'écriture au passif. Et le TEMPS de la phrase passive ? Il se lit sur être, exactement comme le temps d'un composé se lit sur son auxiliaire : « est mangée » = présent passif ; « était mangée » = imparfait passif ; « a été mangée » = passé composé passif ; « sera mangée » = futur passif.
Le participe, lui, ne bouge pas plus qu'ailleurs. Mais À QUOI SERT le passif ? Ce n'est pas une coquetterie de grammairien : c'est un choix de mise en scène.
Le sujet d'une phrase, c'est son héros — celui dont on parle. Le passif permet de donner ce rôle à celui qui SUBIT. Un journaliste écrira « Le musée a été cambriolé cette nuit » : c'est le musée qui intéresse les lecteurs, pas le voleur — d'ailleurs, remarque qu'il n'y a pas de complément d'agent du tout : on ne sait pas QUI a cambriolé, et le passif permet précisément de le taire.
Agent inconnu, évident ou sans importance : on le supprime. Le passif est la voix idéale des victimes, des bâtiments, des records : « La ville a été détruite », « Ce roman est lu partout ». Reste LE piège, celui qui coûte des points chaque année : toute séquence « être + participe passé » n'est pas un passif. « Elle est partie. » — être + participe, tout y semble.
Pourtant, essaie d'ajouter un agent : « elle est partie par sa sœur » ?? Absurde. Essaie de remonter à une phrase active : « quelqu'un la part » ??
Ça n'existe pas. « Elle est partie » est en réalité le PASSÉ COMPOSÉ de partir — un verbe de mouvement, de ceux qui se conjuguent avec être (partir, venir, arriver, tomber…). Le sujet FAIT l'action de partir : c'est une phrase active, à un temps composé. D'où le double test à dérouler chaque fois : 1. puis-je ajouter ou sous-entendre « par quelqu'un » ? 2. puis-je reconstruire la phrase active ?
Deux oui → passif. Deux non → temps composé avec être. En résumé : le passif = être conjugué + participe passé accordé avec le sujet ; le COD actif devient sujet, le sujet actif devient complément d'agent en « par » ; le temps se lit sur être ; on l'emploie pour mettre en avant celui qui subit — et on ne le confond jamais avec un passé composé en être, grâce au test de l'agent.
Vois cette notion fonctionner : la scène animée, plan par plan →
Les erreurs fréquentes
- Prendre pour un passif toute forme « être + participe passé » — analyser « Elle est partie. » comme une voix passive.
- Déroule le double test : peut-on ajouter « par quelqu'un » (« elle est partie par… » — impossible) ? peut-on remonter à une phrase active (« quelqu'un la part » — inexistante) ? Deux non : « Elle est partie » est le PASSÉ COMPOSÉ de partir, verbe de mouvement conjugué avec être. Le sujet fait l'action — la phrase est active. Le passif exige un verbe transitif direct et un agent possible, même sous-entendu.
- Oublier l'accord du participe passé avec le sujet au passif (« la souris est mangé », « les récoltes sont détruit »).
- Au passif, l'auxiliaire est ÊTRE : le participe s'accorde donc TOUJOURS avec le sujet, en genre et en nombre — la souris est mangéE (fém. sing.), les récoltes sont détruitES (fém. plur.), les murs sont repeintS (masc. plur.). Réflexe : sujet repéré → accord vérifié.
- Se tromper de temps en retournant une phrase (« Les élèves liront ce roman » → « Ce roman est lu par les élèves »).
- Le passif garde le TEMPS de la phrase active, et ce temps se porte sur ÊTRE : « liront » est au futur → « Ce roman SERA lu par les élèves. » De même : « a mangé » (passé composé) → « a été mangée ». Vérifie toujours : le temps d'être au passif = le temps du verbe actif.
Tu maîtrises la notion si…
- Décrire la construction passive : être conjugué + participe passé accordé avec le sujet, et lire le temps de la phrase sur être (est mangée = présent, était mangée = imparfait, a été mangée = passé composé).
- Opérer le retournement actif → passif : le COD devient sujet, le sujet devient complément d'agent introduit par « par » (« Le chat mange la souris. » → « La souris est mangée par le chat. »), en conservant le temps.
- Expliquer l'emploi du passif : mettre en avant celui qui subit, et taire l'agent quand il est inconnu ou sans importance (« Le musée a été cambriolé. »).
- Déjouer le piège du faux passif : montrer par le test de l'agent que « Elle est partie. » est un passé composé (verbe de mouvement avec être), pas une voix passive.
Vérifie que tu as compris
Que se passe-t-il quand on met « Le chat mange la souris. » à la voix passive ?
Réponse Le COD devient sujet et le sujet complément d'agent : « La souris est mangée par le chat. »
Le retournement passif est mécanique : « la souris » (COD de l'actif) devient SUJET ; « le chat » (sujet de l'actif) devient complément d'AGENT, introduit par « par » ; la forme verbale devient être conjugué + participe passé, ACCORDÉ avec le nouveau sujet (mangéE, fém. sing.) — et le temps ne bouge pas : « mange » au présent → « est » au présent. Résultat : la même action, mais le héros de la phrase est désormais celui qui subit.
Pourquoi « Elle est partie. » n'est-elle PAS une phrase à la voix passive, malgré « être + participe passé » ?
Réponse Parce qu'aucun agent n'est possible et qu'aucune phrase active ne correspond
Le passif exige un verbe transitif direct : c'est le COD de l'actif qui devient sujet du passif. Or partir n'a pas de COD — personne ne « part » quelqu'un. Le double test le confirme : impossible d'ajouter un complément d'agent (« elle est partie par sa sœur » est absurde), impossible de reconstruire une phrase active. « Elle est partie » est donc un PASSÉ COMPOSÉ : partir fait partie des verbes de mouvement qui se conjuguent avec être (venir, arriver, tomber...) — le sujet FAIT l'action, la phrase est active.
Comment se met à la voix passive la phrase « Le vent renversera les arbres. » ?
Réponse « Les arbres seront renversés par le vent. » — le temps se porte sur être
Trois vérifications, et chaque mauvaise réponse en manque une. LE RETOURNEMENT : le COD « les arbres » devient sujet, le sujet « le vent » devient complément d'agent en « par ». LE TEMPS : il est conservé et se porte sur être — « renversera » est au futur, donc « seront ». L'ACCORD : au passif, le participe s'accorde toujours avec le sujet — « les arbres seront renversés ».
S'entraîner sur cette notion
La scène s'anime pas à pas, la mascotte t'explique, puis tu t'entraînes. Gratuit pour commencer.
Ouvrir cette scène dans Azulma →Les quatre étapes pour maîtriser cette notion
Être + participe accordé ; le COD devient sujet, le sujet devient agent en « par ».
Suis les flèches croisées : « la souris » monte en position de sujet, « le chat » descend derrière « par ».
Être porte le temps (est/était/sera mangée) · le participe porte l'accord avec le sujet.
« Les récoltes sont détruitES » : avec être, le participe s'accorde toujours — féminin pluriel → -es.
Les arbres sont renversés · La championne est acclamée · Ce roman sera lu (le futur suit).
« liront » est au futur → être se met au futur : « sera lu » — et le participe s'accorde avec le NOUVEAU sujet.
Agent inconnu → passif sans agent (« Le musée a été cambriolé. ») ; héroïne qui agit → actif.
Et toujours le test : « Elle est partie par quelqu'un » est impossible — passé composé, pas un passif.
Dans le même chapitre
Voir tout le chapitre « Le verbe : temps composés, passif, modes » →