Français · 4ᵉ

La tragédie et la comédie

Français 4ᵉ Quand les valeurs s'affrontent

Deux masques, deux mondes : le même conflit de valeurs peut nous serrer le cœur… ou nous faire rire. Comment le théâtre fait-il l'un et l'autre ?

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L'essentiel

Un même conflit de valeurs peut être raconté de deux manières opposées. La TRAGÉDIE met en scène des personnages nobles (rois, héros), écrasés par le destin, qui parlent en vers (l'alexandrin, 12 syllabes) ; elle finit souvent dans le malheur (mort, sacrifice) et cherche à provoquer la terreur et la pitié. La COMÉDIE met en scène des gens ordinaires et leurs défauts (l'avarice, l'orgueil) ; elle se moque des mœurs, fait rire — mais un rire qui corrige, comme chez Molière.

Le Cid de Corneille est un cas passionnant : Corneille l'a d'abord appelé « tragi-comédie » (un conflit tragique… mais une fin heureuse différée), avant de le nommer « tragédie » en 1648. Sa création, en 1637, déclencha une immense dispute : la « querelle du Cid », où l'on reprocha à Corneille de ne pas respecter la règle des trois unités.

L'idée à retenir

Un même conflit de valeurs se met en forme de deux façons. La TRAGÉDIE (personnages nobles, destin, alexandrins, issue funeste) suscite la terreur et la pitié. La COMÉDIE (gens ordinaires, satire des mœurs, dénouement heureux) fait rire pour faire penser — « corriger les mœurs en riant », castigat ridendo mores. Le Cid se tient sur la frontière : « tragi-comédie » en 1637 (fin heureuse seulement différée), requalifié « tragédie » en 1648. Sa création déclencha la querelle du Cid, sur la règle des trois unités.

Comprendre

Le théâtre classique du XVIIe siècle range les pièces en deux grands genres, deux regards sur le conflit des valeurs. La TRAGÉDIE choisit la grandeur : ses personnages sont nobles (rois, princes, héros de l'histoire ou de la légende) ; ils affrontent un DESTIN qui les dépasse ; ils s'expriment dans une langue élevée, en ALEXANDRINS (des vers de douze syllabes). Le conflit y est sans issue heureuse : la pièce s'achève dans le malheur — mort, séparation, sacrifice.

Le but, selon la tradition héritée d'Aristote, est de provoquer chez le spectateur la TERREUR et la PITIÉ, pour le purifier de ses propres passions. La COMÉDIE choisit le rire : ses personnages sont ordinaires (bourgeois, valets, jeunes gens) ; elle observe leurs MŒURS et se moque de leurs défauts (l'avarice, la vanité, l'autorité ridicule) ; elle finit bien (un mariage, un pardon). Mais son rire n'est pas gratuit : c'est un rire CORRECTEUR.

La devise de la comédie est castigat ridendo mores — « elle corrige les mœurs en riant » : une formule latine forgée à la fin du XVIIe siècle par l'abbé Jean de Santeul (1630-1697), donc APRÈS la mort de Molière (1673). Mais elle résume exactement le programme que Molière s'assignait : « le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant » (Premier placet au roi sur Le Tartuffe, 1664). On rit d'un défaut pour apprendre à le reconnaître et à s'en défaire.

Le Cid occupe une place à part. Corneille le crée en 1637 et le sous-titre d'abord « TRAGI-COMÉDIE » : le conflit est bien tragique (l'honneur qui broie l'amour, un mort), mais l'issue n'est pas funeste — Rodrigue et Chimène finissent par entrevoir un mariage, seulement différé par le Roi. En 1648, dans une nouvelle édition, Corneille requalifie la pièce en « TRAGÉDIE ».

Ce flottement dit bien la force du Cid : un conflit de valeurs si intense qu'il touche au tragique, mais qui laisse une porte ouverte. La création de 1637 fut d'ailleurs un triomphe public suivi d'une bataille de critiques, la QUERELLE DU CID : des rivaux de Corneille lui reprochèrent d'avoir enfreint la fameuse RÈGLE DES TROIS UNITÉS (une seule action, en un seul lieu, en une seule journée) — trop d'événements, disaient-ils, se bousculent en vingt-quatre heures. L'Académie française fut appelée à trancher.

La querelle prouve, en creux, que le public, lui, avait adoré.

Le cours

Un conflit de valeurs — l'honneur contre l'amour, l'argent contre la famille — peut être porté à la scène de deux façons opposées. Le théâtre classique du XVIIe siècle distingue en effet deux grands genres : la TRAGÉDIE et la COMÉDIE. Les connaître, c'est comprendre pourquoi une même dispute peut nous serrer le cœur… ou nous faire rire aux éclats.

La TRAGÉDIE est le genre de la grandeur et du malheur. Ses personnages sont NOBLES : rois, reines, princes, héros venus de l'histoire ou de la légende (Le Cid s'inspire d'un héros espagnol du Moyen Âge). Ils sont pris dans un DESTIN plus fort qu'eux, qui les mène souvent à la catastrophe.

Ils parlent une langue élevée, en ALEXANDRINS — ces vers de douze syllabes qui donnent à leurs paroles une solennité de marbre. L'issue est FUNESTE : on meurt, on se sépare, on se sacrifie. Selon une idée héritée du philosophe grec Aristote, la tragédie doit inspirer au spectateur la TERREUR (devant le malheur qui frappe) et la PITIÉ (pour ceux qui souffrent), afin de le libérer de ses propres passions.

Les grands maîtres de la tragédie française sont Corneille et, un peu plus tard, Racine. La COMÉDIE est le genre du rire et de la vie ordinaire. Ses personnages ne sont pas des rois mais des gens de tous les jours : bourgeois, valets, jeunes amoureux.

Elle observe leurs MŒURS — leur façon de vivre — et s'amuse de leurs DÉFAUTS : l'avarice, la vanité, la jalousie, l'autorité ridicule des pères. Elle finit BIEN : par un mariage, une réconciliation, un pardon. Mais attention : ce rire a un sens.

C'est un rire CORRECTEUR. La devise de la comédie est castigat ridendo mores : « elle corrige les mœurs en riant ». Attention à une idée reçue : cette formule latine n'est pas de Molière — on la doit à l'abbé Jean de Santeul (1630-1697), qui l'a forgée après la mort du dramaturge.

Elle dit pourtant très bien ce que Molière voulait faire, et qu'il écrivait lui-même au roi : « le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant » (Premier placet au roi sur Le Tartuffe, 1664). En riant d'un avare comme Harpagon (dans L'Avare de Molière), le spectateur apprend à reconnaître ce défaut — chez les autres, et peut-être en lui. Comment distinguer les deux d'un coup d'œil ?

Regarde quatre choses. Les PERSONNAGES : nobles (tragédie) ou ordinaires (comédie). La LANGUE : le vers noble (tragédie) ou une langue plus familière, parfois la prose (comédie).

L'ISSUE : le malheur (tragédie) ou le dénouement heureux (comédie). L'EFFET recherché : la terreur et la pitié (tragédie) ou le rire qui fait penser (comédie). Ces quatre repères suffisent presque toujours.

Mais certaines pièces jouent avec la frontière — et Le Cid en est le plus bel exemple. En 1637, Corneille le crée et le nomme d'abord « TRAGI-COMÉDIE ». Pourquoi ce mot double ?

Parce que le conflit est bel et bien tragique : l'honneur écrase l'amour, un homme meurt (le Comte, tué par Rodrigue). Mais l'issue, elle, n'est pas funeste : à la fin, le Roi ne condamne pas Rodrigue ; il diffère seulement le mariage de Rodrigue et de Chimène. Une porte reste ouverte sur le bonheur.

Onze ans plus tard, en 1648, Corneille change d'avis et requalifie la pièce en « TRAGÉDIE » : c'est bien la puissance du conflit, et non la fin, qui donne le ton. Ce flottement d'étiquette n'est pas une hésitation maladroite : il montre que Le Cid est une œuvre-frontière, un conflit de valeurs si brûlant qu'il touche au tragique. La création du Cid, en 1637, fut un événement énorme : un triomphe devant le public… suivi d'une véritable bataille littéraire, la QUERELLE DU CID.

Des auteurs rivaux reprochèrent à Corneille d'avoir enfreint la RÈGLE DES TROIS UNITÉS, sacrée pour le théâtre classique : une pièce doit avoir une seule action (unité d'action), se dérouler en un seul lieu (unité de lieu) et tenir en une seule journée de vingt-quatre heures (unité de temps). Or, disaient-ils, Le Cid entasse trop d'événements — un affront, un duel, une bataille contre les Maures, un second duel — pour une seule journée ! La toute jeune Académie française fut chargée d'arbitrer et rendit ses « Sentiments sur Le Cid ».

Mais cette querelle savante ne changea rien à l'essentiel : le public, lui, était conquis. Preuve qu'une grande pièce se juge d'abord à l'émotion qu'elle fait naître — celle d'un conflit de valeurs qui nous tient en haleine.

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Les erreurs fréquentes

Croire que la comédie est juste « pour rire » et la tragédie « pour pleurer », sans autre différence ni intention.
Les deux genres traitent un conflit de valeurs, mais autrement. La tragédie vise la terreur et la pitié à travers des héros nobles et une issue malheureuse ; la comédie fait rire des défauts d'hommes ordinaires POUR faire penser (« corriger les mœurs en riant »). Le rire de comédie a un but, comme les larmes de tragédie.
Penser que Le Cid est une simple comédie parce qu'il finit sur un espoir de mariage.
Le Cid est d'abord nommé « tragi-comédie » (1637), puis « tragédie » (1648). Son conflit est tragique (l'honneur broie l'amour, le Comte meurt) ; seule l'issue reste ouverte, car le Roi diffère le mariage. C'est une œuvre-frontière, pas une comédie.
Confondre la « querelle du Cid » avec un échec de la pièce.
La querelle du Cid (1637) est une bataille de critiques : des rivaux reprochent à Corneille d'avoir enfreint la règle des trois unités (action, lieu, temps). Mais la pièce fut un TRIOMPHE public. La querelle prouve à quel point Le Cid comptait — pas qu'il aurait raté.

Tu maîtrises la notion si…

  • Distinguer la tragédie et la comédie par quatre repères : les personnages, la langue, l'issue, l'effet recherché.
  • Expliquer que chaque genre traite à sa façon le conflit de valeurs (terreur et pitié pour la tragédie ; rire correcteur pour la comédie).
  • Situer Le Cid comme œuvre-frontière : « tragi-comédie » en 1637, requalifiée « tragédie » en 1648, à cause de son issue seulement différée.
  • Citer la querelle du Cid et la règle des trois unités (action, lieu, temps) comme reproche adressé à Corneille.

Vérifie que tu as compris

  1. Quel trait appartient à la TRAGÉDIE plutôt qu'à la comédie ?

    Réponse Des personnages nobles et une fin malheureuse

    La tragédie met en scène des personnages nobles (rois, héros), en alexandrins, pris dans un destin qui mène au malheur, pour susciter la terreur et la pitié. La comédie, elle, met en scène des gens ordinaires (valets, bourgeois), finit bien (mariage, pardon) et fait rire pour corriger les mœurs. Ce sont deux façons de traiter un même conflit de valeurs.

  2. La création du Cid (1637) provoqua une célèbre dispute. Que reprochait-on notamment à Corneille ?

    Réponse De ne pas respecter la règle des trois unités

    C'est la « querelle du Cid ». Des rivaux reprochèrent à Corneille d'entasser trop d'événements — un affront, un duel, une bataille contre les Maures, un second duel — en une seule journée, enfreignant la règle des trois unités (une seule action, un seul lieu, un seul jour de 24 h) chère au théâtre classique. On lui reprocha aussi le manque de vraisemblance et l'entorse à la bienséance — Chimène acceptant, à la fin, d'épouser le meurtrier de son père. L'Académie française fut appelée à arbitrer (« Les Sentiments de l'Académie sur la tragi-comédie du Cid », décembre 1637) — mais le public, lui, avait adoré.

  3. Sous quel nom Corneille a-t-il d'abord fait paraître Le Cid en 1637 ?

    Réponse Une tragi-comédie

    Le Cid est une œuvre-frontière : nommé « tragi-comédie » en 1637, il sera requalifié « tragédie » en 1648. Son conflit est bien tragique — l'honneur broie l'amour, le Comte meurt — mais l'issue reste ouverte, car le Roi diffère le mariage. Ce n'est donc ni une comédie ni une farce.

S'entraîner sur cette notion

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Les quatre étapes pour maîtriser cette notion

Reconnaître

Côté grave : la tragédie. Côté rire : la comédie.

Compare les deux moitiés : le masque grave et le noble… ou le masque qui sourit et le valet ?

Comprendre

Quatre repères : personnages, langue, issue, effet.

Lis le tableau ligne à ligne : chaque repère oppose le tragique au comique.

Appliquer

Un roi qui meurt en vers · un avare berné · un honneur qui broie l’amour.

Regarde les personnages, la fin et l’effet recherché.

Transférer

« L’argent contre l’amour d’un parent » : grave d’un côté, drôle de l’autre.

Change les personnages, le ton et la fin — garde le même nœud.

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