Français · 4ᵉ

Deux regards, deux villes

Français 4ᵉ La ville, lieu de tous les possibles

Monte en haut d'une tour : Paris est un tableau. Redescends sur le trottoir : le tableau a disparu — la ville te frôle, te bouscule, te traverse. Laquelle des deux est la vraie ?

Voir la scène entière dans Azulma Ici, une seule vue — vivante. Dans l'app, la scène complète se déroule plan par plan, la mascotte de la matière explique, puis tu t'entraînes.

L'essentiel

Imagine deux façons de découvrir la même ville. La première : tu montes tout en haut d'une tour. Sous toi, un TABLEAU immense : les toits, les cheminées, les clochers, le fleuve en ruban.

C'est ce que fait Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris, au chapitre « Paris à vol d'oiseau » : du haut des tours de la cathédrale, il décrit « un éblouissement de toits, de cheminées, de rues, de ponts, de places, de flèches, de clochers ». La ville entière tient dans ton regard. La seconde : tu descends dans la rue.

Plus de vue d'ensemble — des façades hautes, des passants qui te frôlent, du bruit, des odeurs. C'est le choix de Baudelaire dans ses « Tableaux parisiens » : la ville au ras du trottoir, vécue de l'intérieur. Même ville, deux représentations — parce que REPRÉSENTER, c'est choisir un POINT DE VUE (d'où l'on regarde) et une ÉCHELLE (la ville entière ou un seul trottoir).

Dernier secret : la ville du texte n'est jamais tout à fait la ville réelle. Hugo décrit le Paris de 1482, qu'il n'a jamais vu : il le reconstruit par l'écriture. La ville écrite est toujours un peu une ville rêvée.

L'idée à retenir

Représenter la ville, ce n'est pas la photographier : c'est CHOISIR un point de vue et une échelle. Vue d'en haut — le « Paris à vol d'oiseau » de Hugo dans Notre-Dame de Paris, « un éblouissement de toits, de cheminées, de rues, de ponts… » —, la ville est un TABLEAU qu'on embrasse d'un regard : on voit l'ensemble et l'ordre, on perd les visages et les bruits. Au ras de la rue — les « Tableaux parisiens » de Baudelaire (1861) —, elle est une EXPÉRIENCE qui vous traverse : sensations, foule, vacarme, mais plus de plan d'ensemble. Chaque regard montre quelque chose ET cache le reste — et la ville écrite est toujours recomposée par l'écriture : Hugo reconstruit un Paris de 1482 qu'il n'a jamais vu.

Comment ça marche, étape par étape

  1. LA VILLE-TABLEAU — Du haut des tours de Notre-Dame, Hugo déploie son « Paris à vol d'oiseau » : « un éblouissement de toits, de cheminées, de rues, de ponts… », la Seine en ruban, les clochers, un océan de toits. Vue d'en haut, la ville entière tient dans le regard : c'est un TABLEAU — on voit l'ensemble, l'ordre, la forme… mais aucun visage, aucun bruit. Et ce tableau est reconstruit : Hugo décrit en 1831 le Paris de 1482, qu'il n'a jamais vu — la ville écrite est toujours recomposée par l'écriture.
  2. LA VILLE-EXPÉRIENCE — Redescends : dans les « Tableaux parisiens » de Baudelaire (1861), la MÊME ville se vit depuis le trottoir. Les façades hautes bouchent le ciel, les passants frôlent, la rue « assourdissante » hurle autour du promeneur. Plus de tableau, plus de plan : la ville est une EXPÉRIENCE qui vous traverse — par les yeux, les oreilles, la peau. Changer de point de vue, c'est changer de ville : chaque regard montre quelque chose et cache le reste. Représenter, c'est choisir.

Comprendre

Représenter la ville, c'est faire une série de CHOIX. Premier choix : le POINT DE VUE. Vue d'en haut (« à vol d'oiseau »), la ville est un TABLEAU : on embrasse l'ensemble, l'ordre des quartiers, le dessin du fleuve — mais on perd les visages, les bruits, les détails.

Victor Hugo choisit cette vue dans Notre-Dame de Paris (1831) : du haut des tours, le Paris du XVe siècle apparaît comme « un éblouissement de toits, de cheminées, de rues, de ponts, de places, de flèches, de clochers ». Au ras de la rue, au contraire, la ville est une EXPÉRIENCE : les façades écrasent, la foule frôle, la rue « hurle » — mais on ne voit plus le plan d'ensemble. C'est la ville des « Tableaux parisiens » de Baudelaire (section ajoutée aux Fleurs du mal en 1861).

Deuxième choix : l'ÉCHELLE — la ville entière, un quartier, une rue, un réverbère. Troisième choix : le RAPPORT AU RÉEL. La ville écrite n'est pas une photographie : Hugo reconstruit un Paris médiéval disparu ; Baudelaire transforme le Paris moderne en visions.

La ville représentée est toujours recomposée par l'écriture. Dernier choix : la FORME. La prose du roman déroule de longues descriptions ; le poème en vers concentre la ville en images et en rythmes ; le poème en prose (Le Spleen de Paris, publié après la mort de Baudelaire, en 1869) invente une forme souple, entre les deux, à la mesure des rues.

Comparer deux représentations de la même ville, c'est donc comparer des regards — pas vérifier laquelle « dit vrai ».

Le cours

Ouvre deux livres sur la même table. Dans le premier, Notre-Dame de Paris (1831), Victor Hugo te fait grimper l'escalier en spirale d'une tour de la cathédrale. Tu débouches en plein ciel, essoufflé, et Paris se déploie sous tes yeux : « un éblouissement de toits, de cheminées, de rues, de ponts, de places, de flèches, de clochers ».

Hugo dit lui-même que c'est « un beau tableau » qui se déroule « à la fois de toutes parts sous vos yeux ». Voilà la première grande manière de représenter la ville : LA VILLE-TABLEAU, vue d'en haut, « à vol d'oiseau » — c'est le titre du chapitre. De là-haut, la ville a une forme : on voit l'île au milieu du fleuve, les quartiers, les remparts.

On voit l'ORDRE. Mais on ne voit plus les gens. Dans le second livre, Les Fleurs du mal de Baudelaire, une section entière s'appelle « Tableaux parisiens » (ajoutée à la deuxième édition, en 1861).

Le titre promet des tableaux — mais Baudelaire ne monte pas sur une tour. Il marche. Sa ville se vit AU RAS DE LA RUE : les façades montent haut et bouchent le ciel, les passants frôlent, la rue « assourdissante » hurle autour du promeneur.

Voilà la seconde manière : LA VILLE-EXPÉRIENCE. On ne l'embrasse plus du regard ; c'est elle qui vous traverse — par les yeux, les oreilles, la peau. Même ville, deux textes très différents.

Lequel dit la vérité ? Les deux — et aucun. Car REPRÉSENTER n'est pas photographier : c'est choisir.

Choisir un POINT DE VUE : d'où est-ce que je regarde ? D'en haut, la ville est une carte vivante ; d'en bas, un labyrinthe sonore. Choisir une ÉCHELLE : est-ce que je représente la ville entière, un quartier, une rue, ou un seul réverbère sous la pluie ?

Chaque choix montre quelque chose… et cache le reste. La vue d'en haut cache les visages ; la vue d'en bas cache le plan. Il y a un troisième choix, plus secret : le rapport entre la ville écrite et la ville réelle.

Regarde bien la date : Hugo écrit en 1831, mais il décrit le Paris de 1482 — un Paris qu'il n'a JAMAIS vu, disparu depuis des siècles. Sa ville-tableau est une reconstruction, une ville rêvée à partir de documents et d'imagination. Baudelaire, lui, marche dans le Paris réel de son temps — mais ce qu'il en rapporte n'est pas un reportage : c'est une vision, où une rue devient une créature qui hurle.

La ville écrite est toujours RECOMPOSÉE par l'écriture : entre la ville réelle et la ville du texte, il y a le travail de l'écrivain. Dernier choix enfin : la FORME. La prose du roman (Hugo) a de la place : elle déroule la description sur des pages entières.

Le poème en vers (Baudelaire dans les « Tableaux parisiens ») concentre : quatorze vers suffisent à une rencontre. Et Baudelaire consacre une troisième voie, inventée avant lui par Aloysius Bertrand (Gaspard de la Nuit, 1842) : le POÈME EN PROSE, dans Le Spleen de Paris (publié après sa mort, en 1869) — des textes courts, sans vers ni rimes, mais denses comme des poèmes ; il rêvait d'une prose souple, faite pour dire les mouvements de l'âme dans les villes énormes. Retiens la leçon du chapitre : quand deux textes représentent la même ville, ne demande pas lequel a raison.

Demande D'OÙ chacun regarde, à QUELLE échelle, et ce que son choix montre — et cache.

Vois cette notion fonctionner : la scène animée, plan par plan →

Les erreurs fréquentes

Croire qu'une description de ville « dit la vérité » et que la comparaison sert à trouver le texte le plus exact.
Représenter n'est pas photographier : chaque texte choisit un point de vue et une échelle, qui montrent certaines choses et en cachent d'autres. La vue d'en haut montre l'ordre et cache les visages ; la rue montre les sensations et cache le plan. Comparer deux représentations, c'est comparer des regards, pas vérifier des faits.
Penser que la ville d'un roman ou d'un poème est la ville réelle, telle qu'elle existait.
La ville écrite est toujours recomposée par l'écriture. Hugo décrit dans Notre-Dame de Paris (1831) le Paris de 1482, qu'il n'a jamais vu : il le reconstruit par les documents et l'imagination. Même quand le poète marche dans une ville réelle, il la transforme en visions — la rue de Baudelaire « hurle » comme une créature.
Confondre le poème en vers et le poème en prose, ou croire que la poésie exige des rimes.
La ville s'écrit sous plusieurs formes : la prose du roman (longues descriptions), le poème en vers (images concentrées, rythme, souvent des rimes) et le poème en prose — forme consacrée par Baudelaire dans Le Spleen de Paris (1869) après Aloysius Bertrand : des textes courts et denses, sans vers ni rimes, mais travaillés comme des poèmes.

Tu maîtrises la notion si…

  • Identifier le point de vue d'une description de ville (vue d'en haut « à vol d'oiseau », au ras de la rue, de loin) et l'échelle choisie.
  • Décrire ce qu'un point de vue montre et ce qu'il cache, en s'appuyant sur les détails et les sensations du texte.
  • Distinguer la ville réelle de la ville recomposée par l'écriture (l'exemple du Paris de 1482 reconstruit par Hugo).
  • Nommer les trois grandes formes de la ville écrite : prose de roman, poème en vers, poème en prose (Le Spleen de Paris).

Vérifie que tu as compris

  1. Dans « Paris à vol d'oiseau » (Notre-Dame de Paris), comment Hugo représente-t-il la ville ?

    Réponse Vue d'en haut, comme un tableau embrassé d'un regard

    Hugo choisit la vue « à vol d'oiseau » : du haut des tours de Notre-Dame, Paris apparaît comme « un éblouissement de toits, de cheminées, de rues, de ponts, de places, de flèches, de clochers » — un « beau tableau » qui se déroule sous les yeux. Ce point de vue montre l'ensemble et l'ordre de la ville, mais cache les visages et les bruits : c'est la ville-TABLEAU, à l'opposé de la ville-expérience de Baudelaire, vécue au ras de la rue.

  2. Hugo écrit Notre-Dame de Paris en 1831 mais y décrit le Paris de 1482. Qu'est-ce que cela révèle sur la représentation de la ville ?

    Réponse La ville écrite est toujours recomposée par l'écriture

    Hugo n'a jamais vu le Paris médiéval de 1482 : il le reconstruit par les documents et l'imagination. C'est la preuve que représenter n'est pas photographier — la ville du texte est toujours recomposée par l'écriture. Même Baudelaire, qui marche dans le Paris réel de son temps, n'en fait pas un reportage : sa rue « hurle » comme une créature. Entre la ville réelle et la ville écrite, il y a toujours le travail de l'écrivain : choix d'un point de vue, d'une échelle, d'images.

  3. Selon le chapitre, sous quelles trois formes la ville s'écrit-elle ?

    Réponse La prose du roman, le poème en vers et le poème en prose

    La ville se dit en prose de roman (les longues descriptions de Hugo), en poème en vers (images concentrées, rythme, souvent des rimes) et en poème en prose — forme consacrée par Baudelaire dans Le Spleen de Paris (1869) après Aloysius Bertrand, qui l'avait inventée dans Gaspard de la Nuit (1842) ; Baudelaire le reconnaît lui-même dans sa dédicace à Arsène Houssaye. La poésie n'exige donc pas la rime.

S'entraîner sur cette notion

La scène s'anime pas à pas, la mascotte t'explique, puis tu t'entraînes. Gratuit pour commencer.

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Les quatre étapes pour maîtriser cette notion

Reconnaître

La même ville, deux regards : le tableau d'en haut, l'expérience d'en bas.

Représenter n'est pas photographier : demande-toi ce que chaque texte CHOISIT — d'où l'on regarde, à quelle échelle.

Comprendre

Chaque point de vue montre quelque chose — et cache le reste.

La vue d'en haut montre l'ensemble et l'ordre mais cache les visages ; la rue montre les sensations mais cache le plan.

Appliquer

Le point de vue se repère aux indices : un plan, des sensations, une silhouette à l'horizon.

Que peut voir ce regard ? L'ensemble des toits = en haut ; le bruit qui frôle = la rue ; la ville entière au bout des chemins = de loin.

Transférer

Que gagnes-tu, que perds-tu en changeant de regard ?

Version 1 : le plan (les rues, la file des bus, la cour). Version 2 : les sensations (le trottoir, les cartables, l'odeur du pain).

Dans le même chapitre

Voir tout le chapitre « La ville, lieu de tous les possibles » →